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vendredi 5 juin 2026

ETUDE RECHERCHE AUSTRALIE Pourquoi parle-t-on si peu du suicide ? Des chercheurs de l’ANU étudient des moyens d’encourager une confidence en toute sécurité.

Pourquoi parle-t-on si peu du suicide ? Des chercheurs de l’ANU étudient des moyens d’encourager une confidence en toute sécurité.
27 avril 2026 d’après article Why don’t we talk about suicide? ANU researchers are investigating ways to encourage safe disclosure https://reporter.anu.edu.au/*

Le suicide est la première cause de mortalité chez les Australiens âgés de 15 à 44 ans. Pourtant, nombreuses sont les personnes qui ont des pensées suicidaires et qui n'osent pas en parler. Des chercheurs de l'ANU souhaitent comprendre ce phénomène.
Article rédigé par : Lukas Arns

Vous êtes assis dans la salle d'attente du médecin généraliste, en train de répéter ce que vous allez dire. Vous avez pris rendez-vous. Vous êtes arrivé. C'est le moment où vous allez enfin l'annoncer à quelqu'un.

Vous voilà donc installé sur le fauteuil, le médecin vous demande le motif de votre consultation, et, comme par magie, ce qui vous échappe, c'est : maux de tête. Insomnies. Vous repartez avec une ordonnance pour un médicament léger et un rendez-vous de suivi dans deux semaines, et ce que vous étiez venu dire reste enfoui au fond de vous, inexprimé.

Ce moment – ​​la quasi-révélation, les mots avalés à la dernière seconde – est ce qu’étudie le professeur Phil Batterham de l’Université nationale australienne (ANU).

« Nous en savons assez sur les raisons pour lesquelles les gens ont des pensées suicidaires, mais nous en savons très peu sur les raisons pour lesquelles certains d'entre eux passent à l'acte », explique-t-il.

Batterham étudie depuis des années pourquoi les personnes ayant des pensées suicidaires gardent si souvent le silence. Ses recherches suggèrent que les conseils en santé mentale qui incitent à « parler » sont souvent inefficaces. Face aux pensées suicidaires, explique Batterham, la question n'est pas seulement de savoir si l'on en parle, mais aussi comment, quand et à qui.

Le suicide est la principale cause de décès chez les Australiens âgés de 15 à 44 ans. Pourtant, les recherches de Batterham révèlent que 39 % des personnes ayant des pensées suicidaires n'en parlent à personne – ni à leur famille, ni à leurs amis, ni à leurs médecins.

Les raisons sont plus complexes – et plus rationnelles – qu'une simple stigmatisation. Le professeur Phil Batterham est codirecteur du Centre de recherche en santé mentale. Image : Jamie Kidston/ANU.

Au Centre de recherche sur la santé mentale de l'ANU, LifeTrack study, de Batterham , un projet de trois ans suivant 842 participants, étudie comment les personnes passent des pensées suicidaires aux tentatives de suicide et au rétablissement.

« Si une personne a des pensées suicidaires, cela ne signifie pas, dans la plupart des cas, qu'elle passera à l'acte », explique Batterham. « L'immense majorité, bien plus de 90 %, ne se suicidera pas. Si nous pouvons apporter un soutien précoce, nous pouvons changer le cours des choses... »

Les premiers résultats de l'étude LifeTrack suggèrent que les personnes qui se confient à des personnes de confiance sont plus susceptibles de recourir à des soins professionnels.

Alors pourquoi ce silence ? Les barrières sont multiples. Il y a la stigmatisation – les préjugés négatifs de la société qui s’intériorisent et se transforment en honte. Il y a la peur des conséquences : l’hospitalisation involontaire, la perte d’autonomie.

« Cette inquiétude n'est pas sans fondement », reconnaît Batterham. « Il existe des pratiques historiques qui ont réduit l'autonomie des personnes ayant des pensées suicidaires. »

Il y a aussi les mauvaises expériences passées. Nombreux sont ceux qui, ayant déjà révélé leur situation, ont été confrontés à du rejet ou à un malaise qui n'a fait qu'empirer les choses.

Il y a aussi l'autonomie, notamment chez certains hommes qui considèrent le fait de demander de l'aide comme un signe de faiblesse. Derrière tout cela se cache un calcul que la plupart des gens n'expriment jamais : en parler à quelqu'un améliorera-t-il ou empirera-t-il les choses ?

Ce calcul n'est pas de la paranoïa. Les recherches de Batterham ont montré que les réactions à la révélation d'un problème varient considérablement. Les psychologues et les conseillers sont perçus comme les plus utiles ; les parents et les professionnels hospitaliers comme les moins utiles. La différence tient souvent au jugement – ​​ou à son absence.

Par exemple, certains parents qui n'ont pas les ressources nécessaires pour gérer une telle révélation pourraient inciter une personne ayant des pensées suicidaires à demander de l'aide professionnelle – chose à laquelle cette personne n'est peut-être pas préparée.

« La divulgation peut aussi être une expérience négative », explique Batterham. « Une divulgation qui ne répond pas aux besoins de la personne peut être très dommageable et l'inciter à ne plus divulguer d'informations à l'avenir. »

Par conséquent, c'est la manière dont la divulgation est menée, plutôt que la divulgation en elle-même , qui infléchit la trajectoire. La divulgation peut constituer un espoir, mais elle n'est pas une finalité.

Alors, qu'est-ce qui aide ? Une écoute bienveillante et sans jugement. Être disponible sur la durée. Collaborer avec la personne plutôt que d'essayer de la réparer. Offrir son soutien sans le forcer, par exemple en demandant : « Puis-je vous accompagner chez le médecin ? » plutôt qu'en disant : « Vous devez aller à l'hôpital immédiatement. »

Batterham conseille, si vous soupçonnez quelqu'un de rencontrer des difficultés, de lui poser la question directement.

« Cela n’a pas d’effet négatif, les gens ne deviennent pas plus angoissés », dit-il. « S’ils ont des doutes, c’est souvent un soulagement de se faire interroger. »

Les chercheurs de l'ANU travaillent à l'élaboration de solutions systémiques. Des programmes de sensibilisation forment les parents et les enseignants à réagir de manière appropriée. Des programmes scolaires intègrent l'éducation à la santé mentale dès le plus jeune âge. Des « espaces sécurisants » non cliniques , animés par des pairs aidants ayant eux-mêmes connu des problèmes de santé mentale, offrent une alternative aux services d'urgence : des lieux où l'on peut simplement être présent sans chercher à résoudre le problème.

« Réfléchir à l’endroit où se trouvent les gens et aux voies d’intervention existantes, en particulier l’intervention précoce auprès des jeunes, est ce qui s’est avéré le plus prometteur jusqu’à présent », observe Batterham.

L'objectif n'est pas de supprimer tous les obstacles à la confidence, mais de comprendre lesquels sont les plus importants et de mettre en place des mécanismes de protection. La personne qui attend chez son médecin généraliste et qui prépare ses mots n'a pas seulement besoin d'un slogan pour l'inciter à parler. Elle a besoin d'une oreille attentive, au bon moment, prête à l'écouter.

Car lorsqu'il s'agit de confier des pensées suicidaires, la question n'est jamais seulement de savoir si l'on écoute. Il s'agit de savoir comment on réagit, comment on reste présent et comment on apporte son soutien.

Professeur Phil Batterham, Centre de recherche en santé mentale, Le professeur Phil Batterham est chercheur au Centre de recherche en santé mentale de l'ANU.

https://reporter.anu.edu.au/all-stories/why-dont-we-talk-about-suicide-anu-researchers-are-investigating-ways-to-encourage-safe-disclosure

jeudi 4 juin 2026

Santé mentale des enfants et des adolescents : Santé publique France publie de nouveaux travaux

Santé mentale des enfants et des adolescents : Santé publique France publie de nouveaux travaux

Au cours de ces dernières années, en France comme à l’international, de nombreuses études ont mis en évidence une dégradation de l’état de santé mentale de la population, dont les jeunes, confirmée par les professionnels de santé. Dans ce contexte, la surveillance épidémiologique de la santé mentale des enfants et des adolescents est cruciale afin de documenter le fardeau des troubles psychiques dès le plus jeune âge, favoriser une prise en charge précoce et renforcer les actions de prévention. Santé publique France publie aujourd’hui de nouveaux résultats d’Enabee et EnCLASS, deux études clefs pour décrypter la santé mentale des enfants de 6 à 11 ans scolarisés du CP au CM2, et des adolescents scolarisés au collège et au lycée.

Santé mentale de l’enfant : comprendre les contextes de vulnérabilité pour mieux agir

Les premiers résultats d’Enabee, enquête épidémiologique nationale sur la santé mentale des enfants scolarisés en maternelle et en élémentaire en France hexagonale, ont été publiés en 2023. En croisant les points de vue des parents, des enseignants et des enfants, ces résultats inédits montraient que 13 % des enfants en élémentaire (6 à 11 ans) présentent au moins un trouble probable de santé mentale (trouble émotionnel, trouble oppositionnel ou trouble de déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité). 

Santé publique France publie aujourd’hui de nouvelles analyses qui décrivent les caractéristiques individuelles et contextuelles (familiales, relationnelles, environnementales) associées à ces troubles probables de santé mentale chez les enfants de 6 à 11 ans. Ces nouveaux résultats pourront aider à identifier des situations de vulnérabilité, où l’enfant est davantage susceptible de souffrir de troubles de santé mentale, sans qu’il soit possible d’établir de liens de causalité.

L’étude montre que, dans cette tranche d’âge : les garçons, les enfants dont les mères ont déclaré des complications de grossesse ainsi que les enfants souffrant de maladies chroniques, sont plus fréquemment concernés par des troubles probables de santé mentale. De plus, les enfants éprouvant des difficultés scolaires (selon le parent et/ou l’enseignant), ou ayant vécu des événements difficiles (deuil, agression, placement à l’Aide sociale à l’enfance) présentent également plus souvent un trouble probable de santé mentale.


Par ailleurs, l’étude permet de confirmer à nouveau l’impact de la crise sanitaire du Covid-19 sur la santé mentale des enfants. En effet, une pénibilité importante du confinement ou une inquiétude importante au sein du ménage pendant la pandémie sont associées à une présence plus fréquente d’au moins un trouble probable de santé mentale chez l’enfant.

L’environnement familial (parents séparés, existence de conflits entre parents séparés, situation financière du ménage perçue comme difficile, présence d’un trouble anxieux chez le parent répondant) constitue un contexte de fragilité pour l’enfant, davantage associé à l’existence de troubles de santé mentale. Le fait d’être probablement victime de harcèlement de la part d’autres enfants ou de passer un temps important au centre de loisirs les jours sans école sont également des facteurs associés à au moins un trouble de santé mentale chez l’enfant. Mais il convient de rappeler que ces associations ne doivent pas être interprétées comme des relations causales et déterministes.

Santé mentale et bien-être des adolescents : des signes d’amélioration, mais des souffrances persistantes

L’adolescence est une période durant laquelle les jeunes sont confrontés à de nombreux changements, pressions et défis, susceptibles de les rendre plus vulnérables sur le plan de la santé mentale. C’est une période davantage propice à l’émergence de manifestations d’anxiété, de dépression ou de conduites suicidaires.

Santé publique France publie aujourd’hui de nouveaux résultats sur la santé mentale de l’enquête nationale en collèges et en lycées chez les adolescents sur la santé et les substances (EnCLASS), menée en partenariat avec l'École des Hautes Etudes en santé publique (EHESP) et l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT).

Les données, recueillies en 2024 auprès de 11 400 élèves du secondaire, révèlent une situation contrastée du bien-être et de la santé mentale des collégiens et lycéens. Après une dégradation marquée de l’ensemble des indicateurs de bien-être et de santé mentale entre 2018 et 2022, certains indicateurs montrent une amélioration, tandis que d’autres indiquent une tendance à la baisse. On note également que les adolescentes ont des indicateurs de santé mentale systématiquement moins favorables que les garçons, avec des écarts qui s’accentuent au cours du secondaire.

  • En 2024, la majorité des collégiens (82 %) et lycéens (78 %) se perçoit en bonne ou excellente santé et est satisfaite de sa vie actuelle (respectivement 80 % et 72 %), malgré une tendance à la baisse de ces indicateurs depuis 2018.
  • De plus, 70 % des collégiens et 63 % des lycéens déclarent un bon niveau de bien-être mental, avec une hausse respective de 11 et 12 points par rapport à 2022, observée chez les garçons comme chez les filles. On observe également une diminution de la part des jeunes qui disent ressentir un sentiment de solitude la plupart du temps au cours de l’année (cela concerne 15 % des collégiens et 20 % des lycéens en 2024).

Cependant, ces indicateurs coexistent avec des signaux persistants de souffrance psychique chez les jeunes :

  • 45 % des collégiens (de 6e, 5e et 4e) rapportent des plaintes psychologiques plus d’une fois par semaine depuis au moins 6 mois (-4 points par rapport à 2022). La nervosité est la plus fréquemment rapportée (32 %), suivie de l’irritabilité (29 %) et du sentiment de déprime (21 %). Ces manifestations s’accentuent avec le niveau de classe et s’avèrent plus fréquentes chez les filles.
  • Par ailleurs, 19 % des lycéens ont un risque important de dépression, plus marqué chez les filles (+3,5 points par rapport à 2022). Les symptômes les plus fréquemment rapportés sont : le manque d’énergie (58 %), les difficultés de concentration (44 %) et le sentiment de découragement (42 %).
  • Enfin, 20 % des lycéens déclarent avoir eu des pensées suicidaires au cours des 12 derniers mois ; un chiffre en baisse par rapport à 2022 (-4 points). Si cette diminution est un signal encourageant, l’augmentation des tentatives de suicide déclarées au cours de la vie (15 % des lycéens, soit +2 points par rapport à 2022) rappelle que les formes les plus sévères de souffrance psychique persistent chez une partie des adolescents.

Ces résultats confirment l’importance de promouvoir des comportements et environnements favorables à la santé mentale, et de développer les programmes de compétences psychosociales, notamment en milieu scolaire. Ces résultats invitent aussi à renforcer les actions de sensibilisation des parents, enseignants et personnels éducatifs au repérage précoce des signes de mal-être des adolescents et à l’orientation vers des espaces d’écoute et de soutien, notamment en cas d’idées suicidaires. Des stratégies de prévention prenant en compte les inégalités de genres doivent également être développées. 

Les études Enabee et EnCLASS offrent un panorama unique sur la santé mentale des jeunes, de l’enfance à l’adolescence. Les nouveaux résultats publiés aujourd’hui enrichissent les connaissances sur le sujet. Ils éclairent aussi les décisions publiques nécessaires à la création d’environnements de vie favorables à l’épanouissement des enfants et des ados, dès le plus jeune âge. Déclarée Grande Cause nationale en 2025, prolongée en 2026, la santé mentale est l’affaire de tous. Promouvoir une bonne santé mentale, prévenir l’apparition de troubles psychiques et lutter contre la stigmatisation, sont des enjeux de santé publique sur lesquels nous nous engageons pleinement pour accompagner les adultes de demain.

Caroline Semaille, directrice générale de Santé publique France 

Prendre soin de la santé mentale des jeunes : quels outils et leviers d’actions ?  

Face à ces constats, il convient de poursuivre et renforcer les actions de prévention et de promotion de la santé mentale des enfants et des adolescents.

Santé publique France s’engage dans le déploiement des compétences psychosociales (CPS) en milieu scolaire, un levier à mobiliser au bénéfice de la santé mentale dès le plus jeune âge. Le renforcement des CPS peut en effet aider à créer un climat éducatif protecteur et inclusif, tout en prévenant des dynamiques de domination et de violence entre pairs. Ainsi, en 2022, l’Agence a publié un premier état des connaissances sur les CPS et un référentiel théorique, complétés par un référentiel et des ressources opérationnels publiés en 2025 pour le tome 1 et en 2026 pour le tome 2. Dans le cadre de la stratégie interministérielle sur le développement des CPS des enfants, Santé publique France élabore et co-construit ces outils afin d’accompagner les acteurs dans les territoires. C’est ainsi qu’elle a apporté l’expertise CPS pour la construction du kit empathie de l’Education Nationale, généralisé à la rentrée 2024 dans les écoles maternelles et élémentaires.

Des programmes de prévention efficaces ou prometteurs sur le sujet de la santé mentale sont recensés dans ReperPrev, le registre national des interventions en prévention et promotion de la santé mis en place par Santé publique France, tel que le Good Behavior Game (GBG) et le programme de soutien aux familles et à la parentalité (PSFP).
Par ailleurs, de multiples outils d’information soutenus par Santé publique France, comme CléPsy et Psycom, permettent de sensibiliser et orienter les professionnels de l’éducation et les familles sur les sujets relatifs à la santé mentale. De plus, le dispositif Mon soutien psy permet l’accès à un psychologue pour les enfants dès l’âge de 3 ans. 

Soutenu par Santé publique France et destiné aux jeunes de 12 à 25 ans, le Fil Santé Jeunes propose une ligne d’écoute (0 800 235 236) accessible 7 jours sur 7 de 9h à 23h (service et appel anonyme et gratuit). Les jeunes peuvent également consulter le site internet mettant à disposition de l’information, un forum, un tchat, des orientations vers des structures d’aide (lieux d’accueil et d’écoute, maisons des adolescents, structures associatives, professionnels et structures de soins). Ces services sont dispensés par des professionnels (psychologues, éducateurs, conseillers familiaux, médecins).

Enfin, le 3114, numéro national de prévention du suicide, est accessible 24h/24 et 7j/7. Cette ligne s’adresse aux personnes en détresse, mais aussi à leur entourage, aux professionnels et aux personnes endeuillées par suicide. Les appels, gratuits et confidentiels, sont pris en charge par des professionnels du soin, psychologues ou infirmiers, formés à la prévention du suicide. Ce dispositif comporte également un site internet qui met à disposition des ressources pour mieux comprendre la crise suicidaire et des conseils pour la surmonter.

Facteurs associés à la présence d’au moins un trouble probable de santé mentale chez les enfants scolarisés de 6 à 11 ans : résultats de l’étude Enabee 2022 en France hexagonale

La santé mentale et le bien-être des collégiens et lycéens en France hexagonale. Résultats de l’Enquête nationale en collèges et en lycées chez les adolescents sur la santé et les substances (EnCLASS…