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lundi 29 novembre 2021

ETUDE RECHERCHE Etude de cohorte COMEBAC – hôpital Bicêtre AP-HP : évaluation des troubles psychiatriques post-Covid-19

Etude de cohorte COMEBAC – hôpital Bicêtre AP-HP : évaluation des troubles psychiatriques post-Covid-19
Mis à jour le 26/11/2021. https://www.aphp.fr*

 Troubles psychiatriques post-Covid-19 -

Le groupe COMEBAC a publié dans The Journal of Clinical Psychiatry, le mardi 23 novembre 2021, un article consacré aux troubles psychiatriques post-Covid-19. Si les symptômes psychiques sont connus et fréquents après une infection aigüe par Covid-19, les troubles psychiatriques post-COVID sont encore mal connus. Cette étude est la première à caractériser les troubles psychiatriques post-COVID, diagnostiqués après des examens cliniques réalisés par des psychiatres. Ce travail est issu de la cohorte COMEBAC constituée pendant la première vague de Covid-19 dans le cadre d’un travail multidisciplinaire de l’hôpital Bicêtre AP-HP, de l’Université Paris-Saclay et de l’Inserm. Il est porté par l’équipe du service de psychiatrie de l’hôpital Bicêtre AP-HP.

Cette étude est la première au niveau national à caractériser les troubles psychiatriques post-covid-19, diagnostiqués après des examens cliniques réalisés par des psychiatres chez les patients ayant été hospitalisés pour une infection aigüe par Covid-19.

177 patients ont été analysés dans le cadre de cette étude, ils avaient en moyenne 57,5 ans, 38% d’entre eux étaient des femmes et 54,8% d’entre eux ont été hospitalisés en unité de réanimation.

Les troubles psychiatriques post-Covid-19 sont fréquents puisqu’ils concernent plus de 20% des patients 4 mois après une hospitalisation pour infection aigüe de Covid-19. Il s’agit principalement des troubles dépressifs et de troubles anxieux, avec un risque suicidaire significatif concernant plus de 5% des patients.

Alors qu’il était attendu que les troubles psychiatriques surviennent chez les patients ayant souffert des infections Covid-19 aigües les plus sévères, cette étude montre que les troubles psychiatriques post-Covid-19 sont indépendants de la sévérité de l'infection aigüe.
Pour en savoir plus : lire le communiqué de presse

Source https://www.aphp.fr/actualite/etude-de-cohorte-comebac-hopital-bicetre-ap-hp-evaluation-des-troubles-psychiatriques-post

 

APPEL A CONTRIBUTION Les enjeux psychosociaux liés au travail

Les enjeux psychosociaux liés au travail

Santé mentale et expériences du travail, du chômage et de la précarité
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Published on Friday, November 26, 2021 by Céline Guilleux sur   https://calenda.org*

Cet appel à contribution, pour le numéro d’octobre-décembre 2022 de la Revue française des affaires sociales porte sur les risques psychosociaux (RPS). L’institutionnalisation des risques psychosociaux, comme catégorie d’analyse et d’action, s’est produite de manière accélérée en France au début des années 2010 dans le cadre initial d’une demande politique d’expertise. Celle-ci relayait à la fois des préoccupations européennes relatives aux coûts du stress au travail et des médiatisations nationales des faits de harcèlement et de suicide liés au travail. Cette institutionnalisation a marqué une phase historique de réélaboration du problème politique des conditions de travail, après celle du début des années 1970. Quel bilan et quelles perspectives en dessiner une décennie plus tard ?
Announcement
Coordination
Le dossier sera coordonné par :
Diane Desprat (CNSA), Marielle Poussou-Plesse (Université de Bourgogne – Franche Comté et LIR3S, UMR CNRS uB 7366) et Valérie Ulrich (MiRe, DREES).
Présentation

Cet appel à contribution s’adresse aux chercheurs en sociologie, économie, gestion, santé, science politique, philosophie, droit, géographie, démographie, anthropologie, ainsi qu’aux acteurs du champ sanitaire et médico-social.

Cet appel à contribution s’inscrit dans le cadre d’un programme de recherche qui a débuté en 2018 sous la forme d’un séminaire organisé par la Mission Recherche de la DREES, l’ONPES et le Bureau des Conditions de Travail et de Santé de la DARES (coord. Desprat, 2020). Suite à ce séminaire, un appel à recherches en sciences humaines et sociales a donné lieu au financement de dix projets et à des réunions d’échange avec les équipes porteuses depuis 2019 et jusqu’en 2022. Lancé avant la crise sanitaire, ce programme poursuivait déjà l’objectif de jeter des ponts entre les champs respectifs de la Santé-Travail et de la Santé Mentale-Handicap psychique auxquels la Revue française des affaires sociales a consacré antérieurement des numéros (RFAS, 2008 ; 2009 ; 2021). Malgré le manque de recul sur les effets structurels de la crise sanitaire, l’exposition de la société française à plusieurs épisodes de confinements et des transformations importantes des pratiques (télétravail, horaires allongés, etc.) donne une acuité particulière à cet objectif (Chalier et Ehrenberg, 2021).
Argumentaire
Au-delà de la « nouveauté » des RPS

L’institutionnalisation des RPS a suscité une littérature foisonnante comme l’atteste par exemple le volumineux Dictionnaire des risques psychosociaux (Zawieja, Guarnieri (dir.), 2014, 314 entrées, 900 pages). Avec le recul, on peut considérer que les débats autour de la « nouveauté » des pénibilités à composantes psychiques et psychosomatiques ont structuré des logiques de production de connaissances. En forçant le trait, un double mouvement est repérable, déterminé par cette focale de la nouveauté. Dans un sens, les risques « émergents » qualifiés de psychosociaux sont considérés comme nouveaux ; dans le second, c’est l’étude des conditions de l’émergence du risque qui sert d’analyseur à la nouveauté de sa mise en forme et en sens au regard de dynamiques continues de changement des mondes du travail (Hatzfeld, 2004, 2012). A cette ligne de clivage générale engageant différents positionnements face à la question de la nature et du degré des changements en jeu, ont pu s’ajouter des controverses relatives à la polarisation d’un espace épistémologique entre des approches compréhensives des expériences de travail et des approches objectivistes en termes de facteurs de risque. Dans leurs grandes directions et échelles respectives, ces logiques de productions de connaissances ont contribué à enrichir considérablement les dimensions descriptives et analytiques des liens entre travail et santé. Les approches orientées par une visée de diagnostic d’ensemble ont ainsi nourri des enquêtes statistiques qui, en s’ouvrant aux pénibilités psychiques, ont publicisé en les mettant en chiffres des aspects jusque-là largement euphémisés de l’emprise du travail, comme les exigences émotionnelles, les conflits de valeurs ou l’insécurité de la situation d’emploi ainsi que leur distribution dans l’espace des positions socioprofessionnelles (Beque et Mauroux, 2017).

Tout en s’appuyant sur la richesse de ces travaux, le choix de l’expression « santé mentale » pour interroger le travail, ses mondes et ses marges emporte ici un infléchissement de focale. Il s’agit de prendre acte du fait que cette expression est devenue synonyme d’une référence à la fois polysémique et paradigmatique et qu’elle désigne ce faisant des ordres de phénomènes dont les logiques informent de plus en plus le travail. Polysémique, l’expression « santé mentale » désigne d’abord un champ d’intervention et un domaine d’action publique qui a redéfini et élargi en France à partir du milieu des années 2000 le périmètre de la politique de soins psychiques en se substituant à la psychiatrie tout en l’intégrant. Elle désigne ensuite une orientation normative diffuse, une valeur en soi représentée par l’aspiration à une « bonne santé », rapprochable de l’état de bien-être complet qu’a posé la définition de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Dans un troisième sens, elle renvoie à une palette d’états psychologiques, liée à l’identification et la publicisation de nombreux troubles qui ont profondément modifié l’appréhension de la relation normal-pathologique, et qui dans un objectif d’évaluations tendent à être classés le long d’un continuum allant de la très mauvaise santé mentale (troubles psychiatriques sévères et maladies mentales) à une santé mentale positive. Cette dernière renvoyant à des conceptions non cliniques du bien-être, voire du bonheur, en passant par des troubles d’humeur et anxieux plus ou moins légers. En dépit de l’ensemble des problèmes terminologiques et définitionnels que posent chacun de ces trois sens et leurs interférences (Lovell, 2004), leur association trouve un cadre d’appréhension commun qualifié de « paradigme de la santé mentale », lequel a pour principe organisateur l’inclusion sociale (Champion, 2014). En plaçant sous un même chapeau, malades psychiatriques caractérisés, détresse correspondant aux difficultés existentielles et santé mentale positive, il s’agit tout à la fois de déstigmatiser les premiers, en favorisant leur intégration dans la cité, de prévenir les évolutions négatives d’épisodes difficiles et de promouvoir la qualité de vie en général.

On peut faire l’hypothèse que ce triptyque de la santé mentale interfère de manière complexe et sans doute encore confuse avec celui qui caractérise la prévention des risques professionnels (primaire, secondaire, tertiaire), sachant que ces risques se sont édifiés historiquement sur un « droit des corps meurtris » (Ponge, 2020).
Objectif du dossier

Des angles morts et dissonances ressortent des travaux existants, que cet appel propose d’aborder à partir de trois axes articulés à trois constats[1].

Tout d’abord, des médiations, niveaux, échelles ou outils d’analyse manquent pour documenter de manière plus systémique les mondes du travail dans leur diversité du point de vue des mobilisations des subjectivités qu’ils exigent et suscitent.

Ensuite, la littérature récente majore le cadrage des problématiques en coupe instantanée et finalement, à partir d’un référentiel salarial présupposé intact. Autrement dit, les enjeux psychosociaux liés au travail se donnant à observer à partir de situations multiples aux marges d’une relation d’emploi effective et pleine, restent notablement sous-investigués. Or non seulement de nombreux indices convergent pour en indiquer l’importance critique mais c’est aussi à partir de ces situations que la factualité particulière des troubles psychiques de santé interroge les statuts variés qui les abritent en lien avec le travail (chômage de longue durée ou intermittent, handicap, invalidité, inaptitude, arrêts maladie de longue durée ou répétée).

Enfin les évolutions de la prévention et de la réparation des « risques » psychosociaux méritent d’être scrutées, à l’heure du lancement du Plan Santé Travail 4, dans un contexte de réformes institutionnelles qui ont transformé et continuent de transformer avec l’entrée en vigueur en mars 2022 d’une nouvelle loi Santé-Travail, les instances et les pratiques des acteurs de la santé au travail, dans un contexte également d’après-confinement dont les spécialistes en management décrètent volontiers qu’il repose la question générale du « contrat psychologique » entre les salariés et leurs employeurs.

L’hypothèse générale du dossier, issue du programme dont il souhaite marquer l’aboutissement, est que parce qu’ils les majorent, les enjeux psychosociaux liés au travail contemporain obligent à se confronter plus explicitement aux difficultés structurelles des analyses des liens santé-travail, en particulier celles relatives à l’articulation de leurs trois grandes facettes, à savoir le travail comme facteur délétère, le travail comme opérateur de santé et le travail comme facteur de sélection par la santé (Bouffartigue et al., 2010). C’est dans cet esprit que le dossier vise à rassembler les contributions scientifiques les plus heuristiques et éclairantes théoriquement et empiriquement. Des articles s’appuyant sur des approches interdisciplinaires et mobilisant de manière hybride le champ de la santé au travail et celui de la santé mentale sont particulièrement attendus.
Précision

Non thématisées pour elles-mêmes, les dimensions genrées, socioprofessionnelles et générationnelles ou d’âge sont considérées comme transversales aux trois axes et peuvent être placées au cœur de contributions. De même, sont sollicités des articles sur la suicidalité, dont le lien avec des modes d’organisation du travail délétères ou la situation de perte d‘emploi est aujourd’hui avéré mais insuffisamment investigué.
Axe 1 : Médiations des organisations contemporaines du travail

Les enjeux psychosociaux liés au travail entretiennent des liens duels avec l’approche en termes de conditions de travail et d’emploi. D’un côté, envisagés en tant qu’effets sur la santé, ils apparaissent comme déterminés par ces conditions. De l’autre, en tant que registre identitaire d’expression d’un rapport syncrétique au travail, ils orientent au contraire vers une analyse de l’activité de travail sous l’angle de l’expérience des conditions de sa réalisation productive. Cette dualité est à l’origine de dissonances régulièrement notées à propos des constats issus des grandes enquêtes statistiques (e.g : Lallement, Marry et al., 2011). Ceux-ci présentent des décalages entre des mesures d’exposition et la déclaration d’une forte satisfaction au travail (e.g. : Dares, 2019). Ce premier axe propose d’investiguer les tenants et aboutissants de cette dualité en sollicitant des contributions sur les médiations organisationnelles qui en déterminent les déclinaisons.
Typologies des organisations productives

Après une vague de travaux au début des années 2000, l’intérêt académique pour la caractérisation des organisations du travail et de leurs dynamiques de changement du point de vue de leurs effets sur la santé, apparaît moins soutenu, à l’exception des sciences de gestion. Le prolongement et l’approfondissement des démarches typologiques différenciant des formes d’organisation selon des critères relatifs aux caractéristiques de l’activité, aux structures hiérarchiques et aux modes managériaux (Amossé et al., 2014, Askenazy et al., 2006 ; Daubas-Letourneux et Thébaud-Mony, 2003 ; Valeyre, 2006) sont pourtant plus que jamais nécessaires pour instruire les médiations entre les déterminants économiques et financiers de logiques productives et les expériences situées d’un travail possiblement précarisant. A ce titre, si le lean production et le management par les normes de qualité ont pu focaliser l’attention, la documentation de leur implantation dans les différents univers productifs, de leur variabilité d’application (Bouville et Schmidt, 2017) reste à approfondir.

La modélisation des contextes organisationnels du point de vue des expositions aux risques psychosociaux qu’ils fabriquent soulève la question de leur capacité à servir de guide pour l’intervention. Très peu de travaux en sciences sociales affrontent cette question. Or l’outillage du dialogue social et des Comités sociaux et économiques (CSE) en grilles d’action sur les facteurs organisationnels pertinents de la santé au travail est une question centrale qui mérite d’être davantage investiguée (Sardas et al., 2011).

Dans le même ordre d’idées, des contributions sont attendues sur la manière dont les progrès des méthodologies statistiques et économétriques permettent de dépasser les limites identifiées dans la démonstration de causalités et l’objectivation des coûts concernant les liens entre l’organisation du travail et la santé mentale (Sultan-Taïeb et Niedhammer, 2012). On pourra à ce compte interroger les apports et écueils des constructions statistiques qui élaborent ces liens selon des gradients quantitatifs présupposant des linéarités : linéarité des états (de la santé mentale négative à la santé mentale positive) comme dans le score Who-5 de bien-être psychologique, linéarité des impacts des conditions de travail sur la santé mentale (modèles de Karasek, Theorell, et de Siegrist) (Coutrot, 2018).

C’est aussi l’actualité de traditions d’analyse des jeux organisationnels qu’invitent à questionner les tendances gestionnaires à la déréalisation du travail vivant, autour des notions-clés de régulation, de stratégie et de domination dans les entreprises et les administrations. La problématique de la régulation telle que l’a posée J.-D. Reynaud a par exemple donné lieu à l’identification d’un nouveau type complétant ceux des régulations de contrôle, autonome et conjointe : une régulation qualifiée de « disjointe » - caractérisée par le fait que direction et salariés travaillent ensemble sans être d’accord – peut être une modalité de fonctionnement durable des organisations (Mainhagu, 2016). Elle rejoint sans doute la question des formes de coping collectif face aux risques psychosociaux (Loriol, 2014), et de leurs conditions d’émergence selon que les impératifs de coordination priment sur, voire entravent, les possibilités de coopération (Durand, 2014). Mais le constat de rapports différenciés aux outils de gestion – de la résistance à l’appropriation critique en passant par la conformation subie - au sein d’une même organisation invite aussi à interroger les raisons et les dispositions des travailleurs et travailleuses présidant à cette ambivalence des usages de ces outils en contexte (Chiapello et Gilbert, 2014).

Enfin, deux entrées sur les déterminants des logiques organisationnelles en matière de RPS restent des angles morts de l’analyse des médiations : l’intensité et les formes d’exeat qui les caractérisent d’une part, et la place du management intermédiaire d’autre part. Faire défection est une des formes spontanées les plus anciennement repérées de lutte contre l’usure par les travailleurs et travailleuses (Cottereau, 1983). Dans quelle mesure les flux de départ des salariés de certains contextes productifs peuvent-ils être analysés comme liés à leur santé mentale ? Peut-on établir un lien entre le succès de la rupture conventionnelle créée en 2008 comme troisième voie de rupture du contrat de travail, s'ajoutant au licenciement et à la démission, et des pratiques managériales d’évitement des RPS ou de leur gestion (Roblin, 2020) ? Comment les phénomènes de sous-traitance interne au sein des organisations dans les activités classiques (nettoyage, accueil, gardiennage, restauration collective, chantiers de construction) mais aussi au-delà, contribuent-ils à l’intensification du travail, tout en rendant travailleurs et travailleuses des prestataires ou des donneurs d’ordre plus captifs et captives ? Dans quelle mesure la désertion des salariés du secteur de l’hôtellerie-restauration, exacerbée par la crise sanitaire, reflète-t-elle la recherche de conditions de travail moins difficiles ? L’importance des cadres de proximité, de leur formation et leur sensibilisation aux expressions de mal-être et de leur capacité à les articuler à des problèmes opérationnels pour les faire remonter et les mettre en discussion dans les organisations, est régulièrement mise en avant de manière générale. Qu’en est-il dans les pratiques ? Cette question pourra tout particulièrement être posée dans le cas d’entreprises se présentant comme proactives en matière de libération des initiatives et de bien-être des salariés, qu’elles revendiquent des pratiques de slow management ou l’étendard d’« entreprise libérée »
Dimensions vocationnelles des professions et indépendances professionnelles

Si de manière générale les processus qui conduisent les individus ou les groupes à prendre conscience de leurs conditions de travail restent en partie obscurs (Volkoff, Gollac, Wolff, 2014), la question se pose d’autant plus pour les configurations d’organisation de l’activité qui mobilisent particulièrement des ressorts vocationnels et/ou des statuts d’auto-emploi. Si les professionnel.le.s de santé, du travail social et de l’enseignement ont déjà été beaucoup étudié.e.s sous cet angle, les habits neufs sous lesquels se joue la perpétuation de malaises structurels méritent d’être scrutés. Ainsi, la fonction publique hospitalière voit depuis plusieurs années, avec le développement des nouvelles technologies et de nouveaux modes de management, une augmentation du nombre d’agents publics soumis à un contrôle ou un suivi informatisé, parallèlement à un travail morcelé et une exposition aux contraintes de rythme élevé (Dares Analyse, 2017). Ces derniers se retrouvent alors face à une injonction contradictoire : faire plus avec moins. Par ailleurs, dans un contexte de réorganisation territoriale, la proportion de salariés craignant pour leur emploi n’a cessé d’augmenter dans la FPH. De même, la « reconversion professionnelle » des médecins généralistes qui quittent le secteur libéral pour le secteur salarié est en partie motivée par la recherche de meilleures conditions de travail.

Si elle n’est plus depuis peu un sujet voilé, la sursuicidité des indépendants reste largement à interroger. Non couvertes par la branche AT-MP, à l’écart de la surveillance de la médecine du travail, leurs conditions interrogent, autant qu’elles transforment, les mondes du travail dans leur diversité. Qu’ils aient un profil d’indépendants « classiques » (artisans, commerçants, agriculteurs), de freelances ou d’autoentrepreneurs de plateformes, leurs organisations du travail obligent à réfléchir plus expressément que pour la figure standard du salarié (cadrée juridiquement, spatio-temporellement), un ensemble de médiations qui lient la « santé » de leur activité à la leur (ressources familiales, support conjugal, petit collectif de travail au fonctionnement plus ou moins informel, conseils experts, etc.) (Célérier, dir. 2014). Des contributions sont donc particulièrement attendues sur ces situations denses à la fois en risques et en attachements à l’autonomie, en dehors du cadre réglementaire des conditions de travail.

Dans les deux cas, on pourra s’interroger sur les prises qu’ils offrent ou au contraire, découragent pour des mobilisations collectives expresses sur le thème des pénibilités et souffrances psychiques. Si des enseignant.e.s-chercheur.e.s ont par exemple récemment adressé une lettre ouverte à la direction de leur université expressément titrée « Notre souffrance est politique » (Collectif, 2021), des thématisations aussi directes restent rares. Elles appellent des éclairages sur les ressources et difficultés de processus de montée en généralité mettant en politique les difficultés vécues de manière plus ou moins atomisée, comme insupportables des quotidiens du travail
La part d’auto-organisation requise par les contenus des activités

Liée aux précédentes, une dernière dimension des médiations organisationnelles importe pour l’attention qu’elle contient aux contenus et à l’ordonnancement pratiques des activités : pour un nombre croissant de personnes, « travailler, c’est s’organiser », plus expressément et intensément que par le passé (Bidet, Datachary et Gaglio, 2017). Requise par des injonctions ou incitations à se disperser, elles-mêmes démultipliées par les outils numériques, cette part d’auto-organisation peut se solder par des expériences contrastées, entre une multi-activité stimulante à même de maintenir une cohérence dans une même grappe de préoccupations et une multi-activité « de débordement ». La distinction appelle à être prolongée en creusant les dimensions temporelles de l’exposition à une fragmentation délétère.

Plus généralement, l’identification de ce qu’on peut appeler des scénarios de (dé)gradation, faisant passer insensiblement de l’expérience du travail sans risque à celle du travail vécu comme risqué, pourrait montrer les conditions du basculement (Ughetto, 2011).

Enfin, l’outillage du contrôle à distance des temps et rythmes de travail, qu’il prenne la forme d’un logiciel de comptage des heures introduit dans une démarche de qualité de vie au travail dans une administration départementale (Dramba, 2019) ou celle du guidage par commande vocale dans des entrepôts logistiques (Gaborieau, 2012), invite à investiguer finement l’auto-organisation comme économie de soi dans les contextes et chaînes de l’automatisation contemporaine. Là aussi, l’attention systématique aux moments et critères de basculement de l’ordinaire au délétère, serait une source de progression des connaissances. Elle pourrait s’orienter du côté d’un des acquis les plus anciens des travaux sur la fatigue ou sur le stress : le critère de la récupération dans la distinction entre bonne et mauvaise fatigue, bon et mauvais stress (e.g : Loriol, 2016).
Axe 2 : Marges du travail

Ce deuxième axe porte sur l’ensemble des situations potentiellement critiques du point de vue de la santé mentale que la focale sur les relations d’emploi effectives tend à invisibiliser. Il vise aussi à documenter les continuums qui peuvent exister entre elles sous des statuts variés (chômage long ou intermittent, minima sociaux, handicap, invalidité, inaptitude, arrêts maladie de longue durée ou répétés).
Les atteintes à la santé mentale chez les travailleurs précaires et au chômage

Le marché du travail expose à la précarité de l’emploi avec le développement de contrats « atypiques » (contrat à durée déterminée, emploi aidé, etc.), un nombre élevé de salariés aux horaires flexibles et irréguliers, à temps partiel. Les salariés cumulant plusieurs emplois représentent 5 à 6% des travailleurs depuis une quinzaine d’années, mais on connaît peu de choses sur leurs conditions et expériences de travail. Plus généralement, « la multiplicité des statuts et le nombre de travailleurs précaires qui passent dans l’entreprise sont une autre difficulté rendant très complexe leur suivi médical. Cette inégalité avec les travailleurs en contrat à durée indéterminée perturbe la connaissance des atteintes à la santé au travail et la détection des inégalités sociales de santé. La précarisation du travail a ceci de paradoxal qu’elle occulte ses propres effets sur la santé des travailleurs précaires » (Lerouge, 2009, 4).

De même, reste à explorer comment les activités, souvent précaires, issues de « l’ubérisation » du travail impactent la santé des travailleurs (travailleurs des plateformes, auto-entrepreneurs, « travailleurs indépendants économiquement dépendants », « travailleurs du clic » etc.). Ces activités situées dans ce qu’il est communément appelé les zones grises de l’emploi, à la frontière du salariat classique et du travail indépendant, interrogent les notions d’autonomie, de santé mentale et de santé au travail. L’usure concomitante de la santé psychologique et physique que peuvent entrainer les activités structurées par un algorithme ou une application, dont les livreurs à vélo sont emblématiques, reste un questionnement sous investigué.

Quelques travaux ont suggéré comment la perte d’emploi, a fortiori durable, ou l’intermittence de la relation d’emploi pouvait conduire à des traitements par le système public de l’emploi également « paradoxaux ». Non seulement ces derniers évacuent la question des liens entre précarité actuelle et atteintes à la santé d’origine professionnelle mais ils exposent à des injonctions ou dissuasions au retour à l’emploi lourdes de présupposés dans les deux cas lorsqu’il y a un diagnostic posé sur la santé mentale des intéressé.e.s. (e.g. : Frigul, 2012 ; Hélardot, 2009 ; Roupnel-Fuentes, 2021). Les voies par lesquelles l’ensemble de l’existence peut se fragiliser (difficultés d’accès au logement, aux ressources dites de base, à se projeter dans l’avenir, etc.), détruire la santé psychique à l’épreuve de processus de désaffiliation et conduire au geste suicidaire, en lien en particulier avec le choc psychologique que peut constituer la perte d’un emploi, sont plus que jamais à investiguer ainsi que les lacunes dans un accompagnement qui permettrait de les prévenir.
L’insertion professionnelle dans le traitement des personnes handicapées psychiquement

Si le handicap psychique n’est pas légalement défini, une réforme du barème de l’évaluation des handicaps en 1993, puis la loi de 2005 « pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées » ont engagé sa reconnaissance en tant qu’altération d’une ou plusieurs fonctions psychiques comme facteur de handicap. Le handicap est évalué en fonction des limites qu’il entraîne dans la vie quotidienne, elles-mêmes mesurées par un taux d’incapacité permanente. L'Allocation Adulte Handicapé (AAH) est attribuée aux personnes atteintes d'un taux d'incapacité permanente de 80% ou plus. Les personnes ayant un handicap de 50% à 79% peuvent en bénéficier à condition d'avoir été reconnues comme ayant une restriction substantielle et durable d'accès à un emploi par la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées (CDAPH). Depuis les années 1990, les personnes handicapées psychiques fournissent le plus gros contingent des allocataires à ce taux de 50 % (Milano, 2009), donc en lien avec des difficultés importantes d'accès à l'emploi.

Que sait-on des parcours et profils de ces allocataires ? De leur expérience de dispositifs d’activation les orientant en milieu ordinaire ou en milieu protégé ? De leur place dans les embauches ou maintien en emploi au titre de l’Obligation d’emploi des travailleurs handicapés (OETH) des employeurs ?
Le maintien en emploi des salarié.e.s aux « comportements étranges »

Une dernière marge encore plus obscure est formée par les cas de troubles psychiques qui « dégénèrent » en situation de handicap en milieu ordinaire de travail, au sens d’entrave à la participation au collectif attendue dans l’organisation employeuse. Donc sans que la personne salariée soit officiellement reconnue comme handicapée psychique. Les très rares travaux sur ces configurations tendent à indiquer que non seulement elles sont loin d’être exceptionnelles mais qu’elles font l’objet de préoccupations pionnières de grandes entreprises, en quête d’outils face à des logiques désarmantes (Le Roy-Hatala, 2009).
Axe 3 : Prévention, reconnaissance et réparation : dispositifs, pratiques et catégories.

Ce troisième axe a pour objectif de questionner le développement des dispositifs et pratiques de prévention, mais aussi de postvention, en matière de santé mentale ainsi que les enjeux liés aux procédures de reconnaissance et de réparation des psychopathologies professionnelles et des suicides liés au travail. Les points de vue juridiques sont ici tout particulièrement attendus.

En préambule et de manière générale, on sait que les consultations pour risque psychosocial sont devenues la première cause de consultation pour pathologie professionnelle et que les soins liés aux troubles mentaux représentent la première cause de mise en invalidité, les troubles dépressifs, émotionnels ou névrotiques étant les diagnostics les plus fréquents. La probabilité de faire l’expérience de troubles psychiques au cours de sa vie professionnelle a fait l’objet de chiffrages à des échelles variées et selon des méthodologies diverses, tendant tous à en montrer l’importance. Une vue synthétique sur les dispositifs d’enregistrement des différents types d’arrêts de travail permettant de reconstituer leurs liens avec des troubles psychiques ou des affections psychiatriques serait bienvenue. De même, toute tentative de mieux connaître et mesurer les suicides liés au travail est encouragée.
Prévention et postvention

Depuis les années 2000, des évolutions de la réglementation ont permis le développement du droit de la prévention de la souffrance mentale occasionnée par le travail. La loi de modernisation sociale du 17 janvier 2002 portant, entre autres, sur le harcèlement moral, constitue un tournant. En effet, auparavant, le droit du travail français se focalisait uniquement sur l’aspect physique de la santé au travail, plus précisément sous l’angle de la maladie et de l’aptitude (Lerouge, 2005, 2009). Seuls certains évènements traumatiques, pouvant être ramenés au cadre de séquelles d’accidents du travail, étaient pris en charge, comme dans le cas de troubles psychiques suite à des hold-up. Désormais, l’obligation de prévention porte également sur la santé mentale. À cela s’ajoute l’obligation de résultat, même si son principe a pu être tempéré par un arrêt de 2015 de la Cour de Cassation. Les RPS sont ainsi devenus un enjeu de négociation paritaire.

La prise de conscience de l’importance de la prévention de la santé mentale a donné lieu à une série de mesures dans les entreprises qui s’est traduite par une identification des facteurs pathogènes afin de rendre possible le recours au dépistage des salariés en difficulté ; une volonté de favoriser l’adaptation des travailleurs, tant au niveau individuel que collectif, face au stress ou aux exigences professionnelles et un objectif de permettre la réintégration de l’individu en situation de mal-être au sein de l’entreprise (Rouat, 2017). Dans ce contexte, les pratiques individualisantes de prévention secondaire des atteintes à la santé mentale au travail se sont développées, les entreprises faisant appel à des experts (coachs, spécialistes en développement personnel, consultants, numéros verts, etc.) afin de repérer les travailleurs perçus comme « fragiles » (Salman, 2008). Ainsi, certains chercheurs (Clot, 2015 ; Lhuilier, 2017) constatent une tendance à l’individualisation et à la psychologisation des atteintes à la santé mentale au travail qui se traduit par une intervention centrée sur l’individu perçu comme « fragile ». Parfois employé comme une alternative à la prévention primaire (la réforme de l’organisation du travail pour donner aux salariés les moyens de faire un travail de qualité), ce « repérage » des salariés fragiles s’exprime par la mise en œuvre de dispositifs palliatifs (écoute, travail sur soi, développement des capacités à faire face et à s’adapter, etc.). Or, ces actions tendent à refuser toute transformation de l’organisation du travail et faire porter la responsabilité sur le travailleur. L’origine de la souffrance est alors perçue comme individuelle, intrinsèque à la personne en difficulté et donc extérieure au champ professionnel. Ces pratiques débouchent alors parfois vers un renforcement de l’étiquetage de ces travailleurs et leur éviction progressive du collectif de travail jusqu’à la mise au placard (Lhuilier, 2002). Des articles pourraient ainsi interroger cette individualisation de la souffrance mentale des travailleurs par les directions mais aussi les effets sur les collectifs de travail. Comment l’attention officiellement renforcée au risque de désinsertion professionnelle peut-elle coexister avec des phénomènes d’accoutumance des personnes aux tensions organisationnelles ?

En lien, des contributions pourront se pencher sur le rôle des instances et professionnels investissant la prévention des atteintes à la santé mentale (CSE, associations, réseaux d’experts, inspecteurs du travail, médecins du travail et services de santé au travail, etc.). C’est le cas notamment des syndicats, qui voient parfois dans la problématique de la santé mentale une nouvelle manière de porter les revendications salariales et une possibilité de capter une nouvelle branche du salariat réticente à l’action collective (Rhéaume, 2008 ; Marichalar et Martin in Lallement, Marry et al., 2011 ; Mahouche, 2014). Il pourrait également être intéressant d’intégrer aux analyses l'action collective sous des formes moins étudiées telles que les régulations informelles à l'intérieur des collectifs de travail, et ce afin de penser la question de l'évaluation de ces actions de prévention dans leur diversité mais aussi leur rôle dans le « travail de santé » visant à prévenir les souffrances psychiques liées au travail. Enfin, des analyses pourront porter sur l’évaluation des interventions dans les entreprises suite à des cas de suicides liés au travail (postvention) ou à la gestion de la mortalité épidémique dans les établissements d’accueil de personnes vulnérables.

Les processus d'institutionnalisation des questions de santé au travail dans les entreprises et autres organisations employeuses soulèvent d’épineuses interrogations. Certaines rejoignent celle déjà évoquée des conditions de mobilisations collectives autour des atteintes à la santé mentale. D’autres engagent la portée effective de cadres juridiques comme ceux relatifs au « droit d’alerte » et à la « charge de travail ». On peut enfin s’interroger sur les raisons pour lesquelles des propositions anciennes, parmi les plus engageantes en termes de RSE, comme celle d’indexer la rémunération des cadres dirigeants à une performance sociale de leur organisation incluant des indicateurs de santé au travail (Lachman, Larose, Penicaud, 2010), n’ont pas trouvé à s’institutionnaliser.
Reconnaissance et réparation

Un récent rapport couvrant trente ans de littérature consacrée à La sous-reconnaissance des maladies professionnelles en France note « le décalage saisissant entre une littérature récente foisonnante sur les risques psychosociaux ou la souffrance psychique au travail, aussi bien en psychologie qu’en sociologie ou en gestion, et l’absence de recherches issues de ces mêmes disciplines concernant les mécanismes de non reconnaissance, puis de sous-reconnaissance juridique des affections psychiques liées au travail, et par conséquent leur sous-indemnisation » (Barlet, Prete, 2021, p. 62). Comme le rappelle la même source, l’absence de tableaux de maladie professionnelle concernant les affections psychiques – la reconnaissance du burn-out ayant été rejetée en 2018 – est un fait premier, qui ne distingue pas la France des autres pays européens.

Pour autant, les possibilités de reconnaissance via le système complémentaire (CRRMP) ou par la voie pénale montre une série dirimante d’obstacles qui pour être bien identifiés (dont auto-censures et administration de la preuve face à la multifactorialité des causes), sollicitent des éclairages empiriques à approfondir, notamment au regard de la jurisprudence. Quels sont les parcours différenciés des plaintes relatives à un problème de santé mentale relativement à celles engageant des dommages « matériels » ?
Expertises et catégories

Le gouvernement a modifié en 2018 les conditions de mobilisation des connaissances scientifiques en séparant la phase d’expertise et la phase de négociation dans le cadre de la procédure de création ou de révision des maladies professionnelles. On sait de longue date que l’expertise est une donne majeure du caractère négocié des problèmes de santé (dont au travail). De manière transversale, l’attention pourra donc porter sur les profils des experts, leur travail, les conflits de légitimité en matière de réparation, mais aussi de prévention.

Les chercheur.e.s en SHS sont invité.e.s à s’inclure dans le périmètre, en particulier du point de vue de leurs contributions à des renouvellements de cette expertise. Deux pistes peuvent être suggérées de manière ouverte. Elles se rejoignent autour de ce qui fait la singularité de l’être-affecté psychiquement par le travail : un rapport à soi-même troublé qui vulnérabilise face à des démarches de reconnaissance, elles-mêmes selon un cercle vicieux éprouvantes psychiquement ; des symptômes parfois difficiles à distinguer des causes et des conséquences sur la vie quotidienne ; une variabilité dans la durée voire une réversibilité qui a pu justifier que les troubles psychiques soient exclus de la reconnaissance de la pénibilité (Poussou-Plesse et Duplan, 2014) ; une invisibilité qui peut favoriser des dénis eux-mêmes associés à la honte.

On peut alors s’interroger sur les conditions et moyens de favoriser une expertise par cas. Si la légitimité de l’expertise par cas dans la production et l’institution de nouvelles connaissances est évidente dans nombre de contextes cliniques ou d’instruction de problèmes de santé publique (Benamouzig, Dourlens, 2015), elle est moins affirmée comme telle et nettement plus confinée (CRRMP) dans le champ de la santé au travail. Pourtant les travaux de référence en psychodynamique du travail (Dejours, 2000), en clinique de l’activité (Clot, 2015), en sociologie clinique (Gaulejac, 2011), en psychologie du travail (Lhuilier & Waser, 2016) reposent foncièrement sur ce type d’expertise. Des enquêtes telles que Sumer et le programme MCP de surveillance des maladies à caractère professionnel (Khireddine et al., 2015), en mobilisant la participation de médecins du travail, représentent déjà des dispositifs permettant d’articuler des mesures de prévalence des troubles psychiques à des diagnostics cliniques. La portée et les difficultés de leur démarche méritent là aussi d’être mieux connues. Un enjeu est d’armer une expertise renouvelée qui fasse valoir les conditions compliquées (notamment de confiance) dans lesquelles peut se faire l’enregistrement d’un mal-être imputable au travail, dans un contexte hexagonal où par ailleurs les médecins généralistes restent souvent peu formés et habilités à traiter du travail comme facteur de pathologie autrement qu’en prescrivant des médicaments psychotropes.

Il est par ailleurs possible que les SHS gagnent à innover sémantiquement face à des « expositions » qui n’ont pas la même nature et consistance que celles des AT-MP classiquement reconnus, ni ne suscitent les mêmes façons de faire avec. Si « les mots du champ de la santé sont systématiquement performatifs d’une vision du monde, d’une vision de la santé, d’une vision politique de la vie en société », on peut chercher des vocables plus neutres comme le propose un ouvrage collectif en sociologie de la santé mentale autour de l’expression « Aller mieux » (Demailly et Ganroussi, 2016).
Modalités de contribution

Des informations complémentaires sur le contenu de cet appel à contribution peuvent être obtenues auprès des coordonnateurs aux adresses suivantes :
Diane.DESPRAT@cnsa.fr
Marielle.Poussou@u-bourgogne.fr
Valerie.ULRICH@sante.gouv.fr

Les auteur·e·s souhaitant proposer à la revue un article sur cette question devront l'adresser avec un résumé et une présentation de chaque auteur·e

(cf. les « conseils aux auteurs » de la RFAS [en ligne]

à cette adresse: rfas-drees@sante.gouv.fr
avant le jeudi 14 avril 202.
Références bibliographiques

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Zawieja Ph., F. Guarnieri F. (dir.), (2014), Dictionnaire des risques psychosociaux, Paris, Seuil.
Note

[1] Lesquels font écho avec ceux du programme en cours du GIS Gestes : https://gestes.cnrs.fr/programme-scientifique-2021-2025/

Date(s)  Thursday, April 14, 2022

Attached files  RFAS 2022-4. AAC Travail et santé mentale.pdf

Keywords
santé mentale, psychiatrie, risque psycho-social, travail


Contact(s)
Aurore Lambert
courriel : aurore [dot] lambert [at] sante [dot] gouv [dot] fr

Reference Urls
Ministère des solidarités et de la santé

Information source
Aurore Lambert
courriel : aurore [dot] lambert [at] sante [dot] gouv [dot] fr

To cite this announcement

« Les enjeux psychosociaux liés au travail », Call for papers, Calenda, Published on Friday, November 26, 2021, https://calenda.org/940314

Vaucluse Carpentras : une campagne de prévention lancée contre le suicide des jeunes

Vaucluse Carpentras : une campagne de prévention lancée contre le suicide des jeunes

Le suicide est la seconde cause de mortalité chez les jeunes. Pour rappel, avec environ 9 000 décès par suicide par an, la France présente l'un des taux les plus élevés d’Europe.
Par Anne CHOLET - 28/11/2021


Isabelle Méasson, directrice du point d’accueil et d’écoute des jeunes, et Marie Jacob, accueillante.

C’est un problème majeur de santé publique. Bien que le taux de suicide des 15-24 ans soit relativement faible comparativement aux autres tranches d’âge, il n’en constitue pas moins la deuxième cause de mortalité sur cette population avec 16 % des décès en 2014. C’est pourquoi l’équipe du PAEJ (point d’accueil et d’écoute des jeunes) Le Passage lance une campagne de prévention contre le suicide des jeunes. Un travail déjà mené sur cette question depuis de longues années.
Le fruit d’un travail collectif

Depuis 2007, Le Passage, en partenariat avec Catherine Famin,...https://www.ledauphine.com/culture-loisirs/2021/11/28/suicide-deconstruire-les-idees-recues

***
INFO plus sur https://www.paej-lepassage.fr/?page_id=8694


Le suicide, en parler c’est déjà agir

Depuis 2007, le Point Accueil Écoute Jeunes (PAEJ) en partenariat avec Catherine FAMIN, psychologue clinicienne à l’Unité d’Accueil des Urgences Psychiatriques (UAUP) de Carpentras propose une Commission Technique de Réflexion sur la question du mal être et de la problématique suicidaire des adolescent·e·s et jeunes adultes.

Elle vise à favoriser l’information et la sensibilisation des professionnel·le·s et des publics pour un meilleur repérage et accompagnement des personnes en situation de crise suicidaire.

Cette commission est constituée de professionnel·le·s du secteur sanitaire, social et éducatif du territoire qui s’engagent à réfléchir ensemble sur leur pratique professionnelle et mettent en place une action de sensibilisation collective.

Durant l’année 2020-2021, partant du constat que le suicide reste un sujet tabou et qu’il existe peu ou pas de prévention à ce sujet en France, les professionnel·le·s de la commission ont décidé d’élaborer une campagne de sensibilisation à visée départementale et en direction de tous publics.

L’objectif de la campagne est double, lever le tabou qui frappe encore le suicide (Le suicide, en parler c’est déjà agir) et déconstruire certaines idées reçues répandues autour du sujet. Ainsi, chaque affiche a pour sujet une de ces idées reçues.

La campagne a été réalisée en collaboration avec l’école de jeux vidéo de Carpentras ESA Game, dont les étudiant·e·s de 1ere année et leur professeur de dessin, ont conçu des panneaux signalétiques s’inspirant notamment du travail de l’artiste contemporain belge, Jérôme Considérant.

Jérôme Considérant, a par ailleurs créé le panneau de la première affiche (voir ci-dessous).

Nous remercions, vivement, tous ceux et celles qui ont œuvré à l’élaboration de cette campagne qui, nous l’espérons, participera à une prévention efficiente du suicide.


Campagne de prévention

Affiche 1 : Idée reçue n°1
 

D’après les chiffres, sur 10 personnes qui se suicident, 8 donnent des messages ou des signes sur leur intention, si minimes soient-ils.

Le suicide est l’aboutissement d’un processus évolutif, Etc

Lire la suite et voir les autres affiches https://www.paej-lepassage.fr/?page_id=8694

Risques suicidaires masculins : un angle mort ?

Risques suicidaires masculins : un angle mort ? 
29.11.21 https://www.infirmiers.com/*
Cet article fait partie du dossier:  Psychiatrie Suivant

Comment mieux dépister la souffrance chez les hommes pour mieux prévenir leur geste suicidaire ? A l’occasion de Movember, un mois consacré à la santé masculine, nous avons interrogé plusieurs acteurs engagés sur le front de cette question de santé publique. 

L'incidence du suicide enregistré est de 29 pour 100 000 hommes et de 10 pour 100 000 femmes (chiffres Drees / Observatoire du suicide, 2016).

Les hommes se suicident plus que les femmes. Rares sont les constats qui présentent une telle régularité en sociologie. La sursuicidité masculine est un fait établi depuis les premières études parues au XIXe siècle et s’observe quasiment dans tous les pays, notent Anne-Sophie Cousteaux et Jean-Louis Pan Ké Shon dans un article publié en 2008 Le mal être a-t-il un genre ?
Des méthodes plus radicales

Les hommes sont, encore plus que les femmes, exposés au risque de suicide. D’après le dernier rapport national de l’Observatoire National du Suicide, établi en 2016, il est majoritairement masculin avec 8 100 suicides d’hommes contre 3 040 suicides de femmes sur l’année 2012, soit 3,8 % de l'ensemble des décès masculins et 1,2 % de l'ensemble des décès féminins. L'incidence du suicide enregistré est ainsi de 29 pour 100 000 hommes contre 10 pour 100 000 femmes. Moyens plus létaux, impulsivité, difficulté à parler de soi-même et de ses problèmes, les acteurs de la lutte contre le suicide sont relativement unanimes sur les raisons de ces passages à l’acte parmi la gent masculine. Liova Yon, chef de service PsyLine (VigilanS 75) confirme. La population que l’on voit nous, psychiatres, est celle des personnes ayant fait un geste suicidaire et en l’occurrence ce sont plutôt des femmes. Quant aux suicidés, c’est-à-dire les personnes passées à l’acte et décédées, ce sont en grande majorité des hommes. Les chiffres sont issus des enquêtes épidémiologiques que l’on obtient par les dispositifs de recueil des données établis. C’est très bien décrit aujourd’hui. Comment dès lors expliquer cette différence hommes femmes, puisque en gros, les hommes décèdent plus et les femmes tentent plus de se suicider que les hommes, résume Liova Yon.

Ce qui ressort pour les patients masculins, c’est le choix de méthode de suicide plus létales (donc de méthodes plus radicales), laissant à penser une détermination suicidaire plus élevée. Il s’agit là d’une partie seulement de l’explication, selon Liova Yon, qui cite une différence notable entre hommes et femmes dans l’accès aux soins.
Une population plus difficile à soigner

L’une des explications est sans doute à rechercher dans le discours même des hommes que leur geste mène dans le bureau des psychiatres. Très clairement, la difficulté à s’orienter vers les soins vient tout au départ. Les hommes représentent (majoritairement) une population plus difficile à atteindre. De manière générale, ils demandent moins spontanément de l’aide. Les hommes auraient ainsi plus de mal que les femmes à faire la démarche de consulter un médecin, et même ceux qui finissent par consulter représentent une partie de la population qu’il est difficile de soigner, assure Liova Yon, parce que (globalement là-encore) les hommes ont davantage de mal à parler d’eux (encore plus lorsqu’ils ont besoin de soins psychologiques), plus de mal également à l’élaboration psychique de manière générale. On comprend dès lors pourquoi les hommes sont moins bien dépistés d’une manière générale. Les troubles psychiques n’échappent pas à cette réalité-là. Enfin, dernier aspect invoqué par le psychiatre : le recours aux addictions, qui grève le pronostic suicidaire et là encore les hommes sont en majorité plus addicts que les femmes. Cela aggrave le risque suicidaire et cela aggrave aussi la mauvaise adhésion aux soins. Quant aux raisons plus profondes qui induiraient cet état de fait : elles sont sans doute multiples, aspects sociologiques se mêlant aux aspects éducatifs, et sans doute à une part de conditionnement, bien qu’il faille rester prudent sur ces aspects.


Sensibiliser les professionnels de santé au fait qu’il existe une différence non pas dans la manière dont les gens ressentent les choses mais les expriment et sont susceptibles de pouvoir demander de l’aide, et donc sur l’utilité d’être un peu plus attentifs aux formes masquées de la dépression masculine - Liova Yon
Du concret pour évoquer la souffrance

S’il fallait tracer les grandes lignes de ce que les hommes expriment en consultation, la plupart du temps, ils évoquent les répercussions sur leur état physique (c’est-à-dire la capacité à fonctionner comme ils fonctionnaient auparavant). La libido est une plainte régulière, la difficulté à travailler également, le sommeil ou encore l’appétit, explique Liova Yon. Souvent, ce n’est pas donc pas tellement en les faisant parler de leur ressenti que l’on parvient à accéder à quelque chose, mais en les faisant parler de conséquences fonctionnelles (c’est-à-dire : je ne peux plus faire de sport, je ne peux plus aller chercher mon petit-fils, je n’arrive plus à regarder le foot avec ma fille, avec ma femme on ne fait plus l’amour). Les hommes ont besoin de quelque chose de tangible pour parler de leur souffrance. De la même façon, les hommes sont moins enclins que les femmes à suivre les prescriptions médicales, remarque-t-il, statistiquement, ils ont une plus grosse difficulté que les femmes à adhérer aux soins.

Pascale, présidente et écoutante de Suicide écoute* entend des hommes dans des moments d’extrême angoisse, isolés, la plupart du temps sans travail, en grande souffrance. La plupart des appels reçus par l’association proviennent de personnes âgées de 45 à 65 ans, souffrant souvent de troubles bi-polaires, d’agoraphobie, de dépression ou encore de schizophrénie diagnostiqués, plus régulièrement des femmes (60% environ), même si les hommes osent appeler (40% des appels), assure Pascale. Au bout du fil, protégés par l’anonymat, il n’est pas rare qu’ils pleurent, confiant leur profond sentiment d’échec (professionnel, amical, familial), évoquant leur vie comme un fiasco, leur culpabilité aussi, devant leurs situations d’échec.

Moyens plus létaux, impulsivité, difficulté à parler de soi-même et de ses problèmes, les acteurs de la lutte contre le suicide sont relativement unanimes sur les raisons de ces passages à l’acte parmi la gent masculine.
Un conditionnement de longue date

Comment favoriser le dépistage des hommes et leur prise en charge ? De manière générale, l’accès aux soins en psychiatrie est épouvantable. C’est donc d’abord là-dessus qu’il faut travailler, ce qui passe par la communication (cf notre encadré ci-dessous), des campagnes d’information, par une déstigmatisation du soin psychiatrique et peut être en limitant les différences de genre au niveau des représentations : il n’y a pas des hommes forts et des femmes faibles, rappelle Liova Yon, évoquant par là un conditionnement ancré de longue date. Un axe pour la population soignante : il ne serait pas inutile de sensibiliser les professionnels de santé au fait qu’il existe une différence non pas dans la manière dont les gens ressentent les choses mais les expriment et sont susceptibles de pouvoir demander de l’aide, et donc sur l’utilité d’être un peu plus attentifs aux formes masquées de la dépression masculine par exemple, tout comme on prête une attention particulière aux sujets âgés.

Il faut enfin être très sensibles aux antécédents de maltraitance dans l’enfance, notamment des maltraitances sexuelles, car même si elles frappent davantage les femmes, elles ont des conséquences extrêmement dommageables chez les hommes. Les antécédents de maltraitance infantile apparaissent même au rang des risques de suicides les plus importants, selon Liova Yon. Quand on est dans un service hospitalier de patients graves psychiatriques, si on cherche les antécédents de maltraitance infantile, on peut aller jusqu’à un patient sur trois ou un patient sur deux. On sait aujourd’hui que ce sont des informations capitales qu’il faut chercher avec douceur, tact, et sans doute de manière répétée. Or les hommes représentent (aussi) une population d’une grande vulnérabilité de ce côté-là.

Enfin, et au-delà du genre, la maladie psychiatrique (et la plupart du temps la dépression bien sûr) est un des facteurs de risques du suicide que l’on retrouve dans 90% des cas. C’est pourquoi traiter la maladie psychiatrique est l’un des premiers axes de la prévention du suicide conclut Liova Yon.

3 questions à Yann Massart, infirmier aux urgences psychiatriques du Mans depuis une dizaine d’années et délégué général de #DitesJeSuisLa.

Qu’est-ce qui vous a poussé à créer l’association #JeSuisLà ?

Je suis infirmier au urgences psychiatriques, je fais donc ma part dans la prise en charge des personnes en crise suicidaire et j’étais extrêmement étonné qu’en France, on n’ait pas de dispositif comme il en existe à l’étranger, notamment dans les pays anglo-saxons qui sont bien plus avancés (l’Australie depuis plus de 10 ans, le Québec depuis plusieurs années). J’ai eu la chance de rencontrer des psychiatres, des psychologues, des partenaires qui ont eu cette même envie que moi de développer ce message de prévention. On va avoir un an dans un mois. L’année dernière, dans le paysage de la prévention en santé mentale et la prévention du suicide, vous n’aviez quasi rien qui était fait pour communiquer de manière positive sur les possibilités de chacun à prévenir le suicide. Dans les études la plupart des gens, plus de 90% des jeunes par exemple, se disent tout à fait prêts à aider leurs proches en crise suicidaire. Le problème, c’est qu’ils ne savent pas quoi dire, ils ont peur de mal faire, ne savent pas non plus vers qui orienter. Nous ne sommes donc pas là pour prendre en charge les personnes suicidaires mais pour mettre à disposition les premiers éléments de sensibilisation, des outils et mettre en avant les dispositifs existants (avec des campagnes de communication ciblées) : Comment identifier les signes d’alerte, comment se positionner, que dire ?

Comment, justement, aider un proche qui a du mal à parler de son mal-être ?

La première chose à faire est de montrer de l’intérêt pour la personne, c’est-à-dire être présent pour elle, être près d’elle un moment, au bon moment et l’écouter sans juger. On encourage à exprimer le mal-être et on montre son intérêt, parce que dans le cheminement de la crise suicidaire, la personne a l’impression qu’il n’y a pas d’autre recours que le suicide. Dire « Je suis là », c’est une autre porte qui s’ouvre que celle du suicide. 80% des gens qui nous suivent sont des femmes, ce qui montre l’intérêt de cette population à faire attention à sa santé mentale, à apprécier le fait de faire attention à l’autre et une facilité à communiquer. Ce qui veut dire qu’il y a sans doute un tabou chez les hommes qui ne doivent pas pleurer, ne pas montrer leurs émotions.

Que visez-vous et qui visez-vous à travers vos campagnes ?

On sait qu’il est important de cibler des populations en particulier dans les campagnes de communication, donc on a ciblé les jeunes, et bientôt le public LGBT, les agriculteurs et effectivement, les hommes pourraient être l’une de nos prochaines cibles. On réfléchit au message à faire passer et à qui. Nous travaillons, en partenariat avec certains ministères, à la création de messages sur les publics cibles et à leur diffusion auprès du plus grand nombre. Le numéro national de prévention du suicide, géré par le CHU de Lille et soutenu par le ministère de la santé, le 31 14, est sorti le 1er octobre dernier, mais nous sommes la seule instance indépendante nationale de communication sur la prévention du suicide. En un an, c’est incroyable, on a réussi à être reconnus d’intérêt général, on a fait une première campagne nationale auprès des jeunes qui a touché 500 000 personnes sur internet, qui a été diffusée sur 50 campus en France. Pour les messages, on n’invente rien, on suit les recommandations internationales, mais on les met en forme, avec de la vidéo, des affiches qui sortent de la communication institutionnelle, avec du podcast, très prochainement, pour toucher le plus grand nombre. C’est vraiment une marque qu’on essaye d’imprégner.

Notes :
Suicide Ecoute : numéro : 01 45 39 40 00 – 24h/24 ; 7j/7.
#DitesJeSuisLa : la plateforme de prévention du suicide pour le grand public. 

Susie BOURQUINJournaliste susie.bourquin@infirmiers.com @SusieBourquin

https://www.infirmiers.com/ressources-infirmieres/prevention-sante/risques-suicidaires-masculins-angle-mort.html

BELGIQUE TEMOIGNAGE Se réconcilier avec soi-même après 13 années en psychiatrie

Se réconcilier avec soi-même après 13 années en psychiatrie

Un médecin m'a dit que j’étais un cas désespéré et que j’allais mourir jeune, d’une tentative de suicide ou d’une maladie secondaire à un traitement. Récemment, il a dit que j’étais un miracle.
par Florine propos rapportés par Matéo Vigné  Brussels, BE  26.11.21 Sur  https://www.vice.com* Illustration : Lia Bertels

L’adolescence est la rampe de lancement vers une vie qui nous appartient, qui nous est propre et qu’on se doit de gérer d’une façon ou d’une autre. Mais on aura beau la vanter comme formatrice et émancipatrice, cette étape peut se révéler être un vrai parcours d’obstacles – physiques et psychologiques. Ce moment charnière qui délie l’enfant de l’adulte peut peser très lourd et c’est à ce moment-là que la santé mentale peut prendre un sacré coup.

Florine a 29 ans et vit à Jemmapes. Au total, elle a connu 30 hospitalisations. Elle raconte ses 13 années en psychiatrie, ses hallucinations, le rapport à sa mère et son nouveau cadre de vie.

Ce témoignage fait partie de la série de portraits réalisée par Benoît Do Quang et Pablo Crutzen Diaz. Leur websérie s’appelle Normal et donne un regard différent sur la santé mentale chez les jeunes adultes. C’est dispo sur Auvio.

« J’ai vécu ma première hospitalisation à 12 ans suite à une tentative de suicide, alors que je savais pas ce qu’était le suicide ni ce que je faisais. J’ai eu un passé compliqué, une histoire familiale chargée. À 13 ans, j’ai commencé à avoir des symptômes de plus en plus envahissants comme des pratiques d’automutilation ou des tentatives de suicide à répétition. Je sentais en permanence une douleur, un grésillement de radio. À mes 26 ans, quand ma mère est décédée, j’ai commencé à avoir des hallucinations, une énorme crise de paranoïa. Je vis avec ça au quotidien depuis deux ans et demi.

Quand j’avais 12 ans, j’ai pris les médicaments de ma mère. Ce qui est bizarre, c’est que j’ai pas réalisé ce que je faisais, je me disais pas que je voulais mourir. Ce jour-là, j'ai juste avalé des médicaments sans savoir si je voulais mourir ou juste m’éteindre. Pour moi, ça voulait dire la même chose. J’ai eu comme modèle une maman qui prenait des médicaments quand elle n’allait pas bien.


Ma maman avait un tempérament dépressif et j’essayais très souvent de la soutenir. Elle ne prenait pas soin d’elle. Quand elle me prenait dans ses bras, j’avais l’impression que c’était moi qui lui donnait quelque chose. Quand elle me disait “Je t’aime”, je pense qu’elle voulait dire “Aime-moi”. Je pense que j’ai vécu sa tristesse de trop près. Mon père était – ou est – quelqu’un de dangereux. C’est le monstre de l’histoire, la personne qui me fait le plus peur dans ma vie. À la maison, il y avait un problème dans la structure.

« Et puis progressivement, le silence n’était plus seulement du silence. »

Ce qui me faisait du bien quand j’avais 14 ans, c’était quand je me retrouvais toute seule dans ma chambre à 21 heures. Je n’avais plus à me soucier du regard de qui que ce soit. Le moment où je ferme ma porte, mon père n’est pas là et je sais qu’il ne va pas venir dans ma chambre. Ma mère est dans le fauteuil, elle a pris ses médicaments donc elle dort. C’est un moment où je peux être avec moi-même. Ce vide existentiel, je le creusais petit à petit. Mais ça me faisait trop de mal, du coup je me coupais.

À l'hôpital psychiatrique, j'ai retrouvé un vrai cadre avec des heures de repas, des heures pour aller se laver, des adultes disponibles et bienveillant·es qui étaient en pleine possession de leurs moyens. Du coup, je me suis accrochée à ces repères-là. Pendant ma première hospitalisation, j'étais très anxieuse quand on m’a annoncé que je devais rentrer chez moi. Dès que je retournais à l’hôpital psychiatrique, je me sentais en sécurité. C’était devenu un mode de fonctionnement : je ne vais pas bien, je me coupe, je vais me réfugier là-bas. Ça a duré comme ça jusqu’à mes 26 ans.

Quand ma mère est décédée, j’ai commencé à me rendre compte que tout ça me dépassait complètement. J’avais déjà l’impression d’être une roche fendue, alors quand elle est morte, j’ai eu l’impression de complètement m’éclater. Sur le coup j’ai tenu bon, un peu comme elle l’aurait voulu. Au lieu de la tristesse, j’ai ressenti beaucoup d’amour pour elle. Comme pour l’accompagner, pour lui dire au revoir.

« Les voix qui entendaient que je les entendais ont commencé à paniquer et, entre elles, ont décidé qu’il fallait me tuer. »

Le soir de son enterrement je suis rentrée chez moi toute seule dans mon appartement à Charleroi, et il y avait le silence dont j’avais besoin. Et puis progressivement, le silence n’était plus seulement du silence. J’entendais des enfants dans la rue, mais quand j’allais sur mon balcon pour voir ce qu’il se passait, il n’y avait personne. Je les entendais pourtant crier mon nom. Puis dans la ventilation, il y a eu des voix qui ont commencé à parler. Dans ma tête, je me disais que c’était des fréquences radio, que c’était la NASA. Les voix qui entendaient que je les entendais ont commencé à paniquer et, entre elles, ont décidé qu’il fallait me tuer, parce que c’était trop dangereux que je les entende. J’ai regardé dehors et sur le toit du bâtiment d’en face, il y avait un sniper qui me tenait en joue et j'entendais des voix qui me disaient de me mettre à terre. Je me suis retrouvée à genoux, par terre, les mains en l’air, tremblante, j’attendais juste que ça tire. Les hallucinations ont duré 3 semaines, et elles étaient là en permanence.

Les voix, c’est comme si j’avais un petit bonhomme sur l’épaule qui me parlait. Ça va d’un côté, puis de l’autre. C’est pas une pensée. C’est la voix de quelqu’un d’autre. C’est parfois des chuchotements, comme des voix un peu robotiques, parfois des voix un peu démoniaques. C’est très fort. Il y a aussi les voix qui parlent de moi à la troisième personne, qui vont dire : “Elle est stressée”, “Elle est en colère”, “Qu’est-ce qu’elle est en train de faire”, “Elle est bizarre”, etc. Je suis toujours sur un fil et je dois être vigilante tout le temps, même maintenant. Mes hallucinations sont devenues un mode de communication avec moi-même. Mais quand ça prend trop d’ampleur, je ne sais plus gérer.

Un jour, j’ai fini par appeler une amie. Elle m’a parlé de l’endroit où elle vivait puis elle est venue me chercher. Elle m’a proposé d’aller passer quelques jours chez elle et aujourd’hui, j’y vis toujours. C'est une famille qui a ouvert cette maison pour que les personnes qui ont un vécu en psychiatrie puissent se reconstruire. L’idée c’est que si t’as besoin d’aller en hôpital tu peux, mais si t’as peur et tu ne veux pas t’y rendre, on cherche ce qui peut t’éviter de passer par cette case. Et on peut le mettre en place en fonction de certaines limites comme le risque suicidaire par exemple… On a notre chambre, notre vie. Si on a besoin de présence, de soutien, il y a moyen de s’organiser. Quand j’ai une énorme émotion, j’ai mes ressources que je peux mettre en place comme mon piano ou mon chat. J’ai aussi la possibilité de faire du feu dans la cheminée et de le regarder pendant 6 heures si j’en ai besoin.

En psychiatrie, la dernière rive c’est la contention, on t’attache dans un lit. J’ai encore vécu ça il y a quelques semaines. Une fois, j’ai passé 30 heures en isolement et en contention. Ici, on aime bien parler de contenance au lieu de contention. On ne va pas attacher à un lit mais on va tenir la personne – qui avait marqué son accord avant la crise – le temps qu’elle décharge son émotion. Une contenance humaine, ça dure une demi-heure. Il y a quelque chose qui lâche au niveau de l'émotion. Parfois, j’ai juste besoin que quelqu’un me tienne.


Avant, quand j’allais pas bien, tout ce que je savais dire c’est “je veux mourir”. Il n’y avait pas tout le vocabulaire adéquat. Ici, plutôt que de me couper quand je vais pas bien, j’ai appris à m’exprimer. Les crises d’hallucinations et de paranoïa ont fortement diminué le jour où je suis arrivée ici.

Un médecin m'a dit que j’étais un cas désespéré et que j’allais mourir jeune, d’une tentative de suicide ou d’une maladie secondaire à un traitement. Et puis récemment, il a dit que j’étais un miracle.

Là, je fais du bénévolat, je travaille à la réforme des soins de santé mentale. Je vais à des réunions où des personnes s’expriment sur ce qu’elles voudraient qui change en psychiatrie ou dans la prise en charge, ça s’appelle « le conseil des usagers », il y en a plusieurs en Belgique. J’aide au changement, j’apporte aussi ma pierre à la société. Si je pouvais parler à la personne que j’étais quand j’avais 15 ans, ou même 6 ans, je ne me dirais rien du tout, je me prendrais dans les bras. C’est tout ce dont j’avais besoin en fait. »
https://www.vice.com/fr/article/epxdyw/se-reconcilier-avec-soi-meme-psychiatrie-hallucinations

RETOURS SUR MANIFESTATION Club de la Presse : Les journalistes ont une responsabilité dans le traitement médiatique du suicide

Les journalistes ont une responsabilité dans le traitement médiatique du suicide

26 novembre 2021, par Club de la Presse *.


Après s’être penché(e)s sur la question du Burn-out dans nos professions le mois dernier, le Club de la presse de Bordeaux – Nouvelle-Aquitaine organisait hier sa deuxième rencontre de la santé mentale sur le thème du « traitement médiatique du suicide ».

Comment parler du suicide dans les médias ?

Hier soir, le Club recevait Eloise Bajou, journaliste santé-société, référente et chargée du déploiement de l’axe média du Programme Papageno et le Dr Nicolas Lecat, chef de Clinique Assistant à l’UNIVA (Pôle UNIVersitaire de psychiatrie Adulte – CH Charles Perrens), également intervenant du programme sur la sensibilisation des étudiant(e)s journalisme, notamment à l’Institut de Journalisme de Bordeaux Nouvelle-Aquitaine (IJBA).
Tous deux s’accordent : « Les journalistes ont une responsabilité dans le traitement médiatique du suicide. »
Quels réflexes adopter en tant que professionnel de l’information ?

Une des premières règles d’or énoncées par nos expert(e)s : « Le mode opératoire est à bannir dans le titre et le chapô d’un article afin de ne pas inciter à l’acte un public sensible. »
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🎧 Écoutez le replay :  http://www.club-presse-bordeaux.fr/journalistes-ont-responsabilite-traitement-mediatique-suicide/

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💡 Rappelons le N° national de prévention : 3114 (gratuit)
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Merci à notre journaliste adhérent Gabriel Taïeb, animateur et initiateur du cycle des rencontres de la santé mentale au Club. D’autres conférences sont à venir dès janvier, suivies d’ateliers en petit comité.

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Plus d’informations sur le programme Papageno pour les journalistes : https://papageno-suicide.com/vous-etes-journaliste/suicide-et-medias-quels-enjeux/

 

Source http://www.club-presse-bordeaux.fr/journalistes-ont-responsabilite-traitement-mediatique-suicide/ 

BANDE DESSINEE La falaise Manon Debaye

La falaise
Manon Debaye (Scénariste, Dessinatrice)





Couverture (2.29 MB)
Parution: 1 septembre 2021
Pages: 160 pages
Dimensions: 21,5 × 29 cm
EAN: 9782377317035
 
Deux filles, un serment…

L’une est aussi blonde, douce et rêveuse, que l’autre est brune, violente et en colère. La famille de l’une est aussi riche et équilibrée, que la famille de l’autre est brisée et dysfonctionnelle. Au collège, quand l’une est plongée corps et âme dans ses lectures ou dans l’écriture d’histoires merveilleuses, l’autre harcèle, insulte et frappe avec la Bande qui l’accepte car elle n’est pas une « vraie fille ». Tout les oppose. Tout sauf la falaise où elles se retrouvent chaque jour en cachette et le serment de sang qu’elles y ont fait de ne pas survivre à leurs 13 ans.

Vendredi, avant midi, Astrid et Charlie sauteront-elles dans le vide ou sauront-elles faire face à leurs sentiments et sauter le pas qui les sépare ? 

Jeunesse  Adolescence  Drame  Amitié  Amour lesbien Féminisme suicide Violence
Autour du livre
À propos de la scénariste/dessinatrice
Manon Debaye est née en 1993 à Vitry-sur-Seine. Après un DMA Illustration à l’École Estienne, elle se sauve à Strasbourg et entre à la HEAR (Haute école des arts du Rhin). Elle y cofonde le collectif de microédition Mökki dans lequel elle expérimente et publie ses premiers récits.
Elle travaille maintenant dans un atelier du Port du Rhin, entouré par l’eau, et fait essentiellement de la bande dessinée et de l’illustration. Elle collabore notamment régulièrement pour la presse (The New York Times, Zadig, Biscoto, Zeit Wissen). 

https://editions-sarbacane.com/bd/la-falaise

USA DEBAT CRITIQUE Pourquoi plus d'enfants noirs sont-ils suicidaires ? Une recherche de réponses.

Pourquoi plus d'enfants noirs sont-ils suicidaires ? Une recherche de réponses.

D'apres article Why Are More Black Kids Suicidal? A Search for Answers. Publié le 18 novembre 2021 sur  https://www.nytimes.com *  Par Christine Caron

Les experts en santé mentale ont supposé que les personnes de toutes races présentaient les mêmes facteurs de risque d'automutilation. De nouvelles preuves suggèrent que ce n'est pas le cas.

Joe avait 17 ans quand il a décidé que la vie ne valait pas la peine d'être vécue.

Il était fatigué de la violence dans son quartier de Boston, où son frère aîné avait passé plus d'un an à se remettre d'une blessure par balle à la jambe. Et il était surtout fatigué des commentaires sur son poids.

« Vous pensez que vous pouvez vous asseoir sur cette chaise ? » demandaient ses camarades de classe.
D'autres fois, ils étaient plus directs, disant simplement : « Tu es gros. »

"Parfois, j'étais tellement déprimé que je ne mangeais pas pendant trois jours", a déclaré Joe, maintenant âgé de 25 ans, a été joueur de ligne dans l'équipe de football de son lycée.

(Le nom de famille de Joe et celui d'un autre jeune interrogé pour cet article ne sont pas divulgués afin de protéger leur vie privée. Joe est identifié par son deuxième prénom.)

Il a pensé à mettre fin à ses jours si l'intimidation ne s'arrêtait pas. Ces pensées sont finalement devenues si omniprésentes qu'un jour, il est rentré de l'école et a pris une petite poignée de pilules. Mais cela ne suffit qu'à produire un mal de ventre.

Des mois plus tard, il se sentait toujours déprimé. « Laissez-moi aller voir un thérapeute. Ma tête ne va pas bien », a-t-il dit à son père. « J'ai l'impression que je me suicide – que vous seriez tous mieux sans moi ici. »

Joe se souvient encore de la réponse de son père : « Ce n'est pas vrai. Nous t'aimons. Mais tu veux parler à quelqu'un et le dire à quelqu'un ? Ils vont penser que tu es fou.

Au cours de la dernière génération, une crise de santé mentale s'est produite chez les jeunes noirs comme Joe, une crise dont très peu de personnes – y compris les familles noires – ont parlé publiquement. Les tentatives de suicide autodéclarées ont augmenté de près de 80% chez les adolescents noirs de 1991 à 2019, tandis que la prévalence des tentatives n'a pas changé de manière significative chez ceux d'autres races et ethnies. Les législateurs et les universitaires demandent maintenant de meilleures recherches pour comprendre pourquoi, en particulier à la lumière de nouvelles preuves suggérant que les enfants noirs peuvent avoir des facteurs de risque uniques d'automutilation.

« Je ne voulais pas nécessairement mourir »

Une étude sur des lycéens, publiée en septembre , a révélé que les adolescents noirs interrogés étaient plus susceptibles que les adolescents blancs d'avoir tenté de se suicider sans avoir d'abord eu des pensées ou des projets suicidaires. Étant donné que les questionnaires de dépistage du suicide demandent généralement si les gens ont des pensées suicidaires ou ont prévu de se faire du mal, les auteurs ont émis l'hypothèse que les questionnaires pourraient ne pas identifier certains jeunes noirs à risque de suicide, ou qu'il pourrait y avoir des facteurs supplémentaires qui pourraient indiquer un besoin d'intervention.

Des recherches supplémentaires sont nécessaires, mais une étude gouvernementale menée l'année dernière a suggéré que les enfants et adolescents noirs qui se sont suicidés étaient plus susceptibles que les jeunes blancs d'avoir connu une crise au cours des deux semaines précédant leur décès. Ils étaient également plus susceptibles d'avoir eu un problème de relation familiale, une dispute ou un conflit, ou des antécédents de tentatives de suicide.

Jordan Burnham, qui a survécu à un saut d'une fenêtre du neuvième étage à l'âge de 18 ans, a déclaré que si on lui avait demandé s'il prévoyait de se suicider ce jour-là, la réponse aurait été non.

"Je ne pouvais même pas penser aussi loin", a-t-il déclaré.

La chute lui a brisé le bassin, a fracassé sa jambe gauche et s'est fracturé le poignet, le crâne et la mâchoire. Il lui faudrait quatre ans avant de pouvoir marcher à nouveau.

« Je ne voulais pas nécessairement mourir », a ajouté M. Burnham, qui a maintenant 32 ans et visite jusqu'à 60 écoles par an pour parler de la prévention du suicide et de la maladie mentale. «Mais la partie de moi qui souffrait de dépression, de honte et de tristesse tous les jours – je voulais que cette douleur meure. Je voulais que cette partie disparaisse.

Le jour de sa tentative de suicide, il a été confronté par ses parents à propos d'une réserve d'alcool qu'ils avaient trouvée dans sa voiture. Bien que M. Burnham ait reçu un diagnostic de dépression à l'adolescence, il est devenu si doué pour le cacher que même les membres de sa propre famille, qui l'aimaient et le soutenaient, ne comprenaient pas pleinement à quel point il ressentait de la douleur - ou à quel point il se sentait. comme un étranger comme l'un des rares étudiants noirs dans une école majoritairement blanche de la banlieue de Philadelphie.

Le suicide et la maladie mentale sont souvent considérés comme un « phénomène de blanc », a déclaré Michael A. Lindsey, le directeur exécutif de l'Institut McSilver des politiques et de recherche sur la pauvreté à l' Université de New York, qui étudie la santé mentale des adolescents noirs.

En regardant les chiffres bruts, il est facile de comprendre pourquoi. Les décès de Blancs par suicide dépassent de loin ceux des Noirs. Mais lorsqu'on prend en compte les taux de suicide chez les jeunes — le nombre de suicides pour 100 000 personnes de moins de 25 ans — une image différente se dégage.

"Je pense que les statistiques sont choquantes", a déclaré le Dr Lindsey, qui a été le premier à documenter les tendances de l'augmentation des tentatives de suicide chez les adolescents noirs.

Une étude de 2018 a révélé que si le taux de suicide des enfants noirs de 5 à 12 ans était faible, il était près du double de celui des enfants blancs du même groupe d'âge. Dans l' un des exemples les plus récents, un  fille noire âgée de 10 ans avec un autisme est mort par suicide en Utah au début de Novembre. Ses parents ont déclaré qu'elle avait été victime d'intimidation raciste de la part de ses camarades de classe.

Chez les adolescents et les jeunes adultes, les taux de suicide restent les plus élevés chez les Blancs, les Amérindiens et les Autochtones de l'Alaska. Mais alors que le taux de suicide a récemment diminué parmi ces groupes, il a continué d'augmenter chez les jeunes Noirs. De 2013 à 2019, le taux de suicide des garçons et des hommes noirs de 15 à 24 ans a augmenté de 47 % et de 59 % pour les filles et les femmes noires du même âge.

Les adolescents de couleur qui s'identifient comme LGBTQ peuvent être particulièrement à risque de tentative de suicide, selon une enquête nationale menée par le Trevor Project, un groupe de prévention du suicide pour les jeunes LGBTQ.

Malgré les disparités raciales – et le fait que le suicide est la deuxième cause de décès chez tous les adolescents – il y a eu peu de recherches examinant les différences raciales et ethniques dans les idées, les plans ou les tentatives de suicide des jeunes.

C'est en partie parce que les chercheurs noirs qui examinent les disparités en matière de santé ont été sous - financés – en mars, le directeur des National Institutes of Health a présenté des excuses publiques pour le « racisme structurel dans la recherche biomédicale » – mais aussi parce qu'il n'y a qu'une poignée d'universitaires qui étudient ces sujets.

"Vous devez faire entrer la culture dans tout cela, vous devez parler de racisme, vous devez parler de discrimination", a déclaré Arielle Sheftall , chercheuse principale au Center for Suicide Prevention and Research du Nationwide Children's Hospital à Columbus, Ohio. « C'est quelque chose que les jeunes Noirs vivent tous les jours. »

Un rapport présenté au Congrès en 2019 a identifié des lacunes dans la recherche et les politiques et a permis de consacrer davantage de dollars de recherche à des études liées au suicide des jeunes Noirs , notamment un programme pour enseigner la santé mentale aux collégiens et une intervention de prévention du suicide appelée Success Over Stress , qui aborde des thèmes comme le racisme systémique et la brutalité policière pour aider les élèves de neuvième année dans des écoles à prédominance noire à développer des capacités d'adaptation.

"Ces enfants ont des facteurs de stress qui sont particulièrement différents des autres enfants", a déclaré LaVome Robinson, chercheur principal de l'étude Success Over Stress et professeur de psychologie à l'Université DePaul à Chicago.
« Rien à stresser »

Les décès par suicide sont plus fréquents chez les garçons que chez les filles en général, mais une étude publiée en septembre a révélé que les taux de suicide chez les filles noires avaient augmenté en moyenne de 6,6 % chaque année de 2003 à 2017, soit plus du double de l'augmentation chez les garçons noirs. Un diagnostic de dépression ou d'anxiété était plus fréquent chez les filles. De plus, près de 20 % des filles s'étaient disputées dans les 24 heures suivant leur mort.

Denise (son deuxième prénom), 19 ans, une lycéenne de Cleveland, vit avec sa mère et ses six frères et sœurs. Elle lutte contre la dépression et l'anxiété, en grande partie causées par des conflits à la maison et le traumatisme persistant d'une agression sexuelle.

"Quand j'ai dit à maman ce que je ressentais, elle ne semblait pas s'en soucier", a déclaré Denise, ajoutant: "Elle a dit que je n'avais rien à craindre parce que je suis une enfant."

"J'avais juste l'impression qu'il n'y avait rien que personne ne puisse faire pour changer la situation."

Un soir de septembre, après une mésentente avec sa mère, elle a envoyé un texto à l'un de ses conseillers scolaires et lui a dit : « Je ne veux plus être ici.

Son conseiller a insisté pour qu'elle se rende à l'hôpital pour une évaluation psychiatrique.

« Les trois premières nuits que j'ai passées à l'hôpital, tout ce que j'ai pu faire, c'est pleurer », a déclaré Denise, qui a reçu sa première ordonnance de médicaments psychiatriques pendant son séjour. «Je me suis juste senti soulagée que quelqu'un puisse réellement comprendre ce que je traverse. Cela faisait du bien de tout laisser sortir après avoir retenu si longtemps.

Le comportement suicidaire est déjà un problème bien connu dans le district scolaire de Denise, qui compte environ les deux tiers de Noirs. En 2019, les données des Centers for Disease Control and Prevention ont montré que 18% des lycéens de Cleveland avaient tenté de se suicider au cours des 12 mois précédents, contre environ 9% à l'échelle nationale. De nombreux étudiants de Cleveland sont confrontés à des facteurs de stress chroniques, notamment la violence dans le quartier et l'insécurité alimentaire. Les chercheurs ont découvert que les jeunes sont plus susceptibles de se suicider dans les communautés très pauvres.

Lisa Ellis, conseillère dans une école secondaire de Cleveland, a développé un programme de huit semaines pour les étudiants de première année de son école qui vise à aider à réduire la stigmatisation de la maladie mentale, qu'elle considère comme un obstacle important empêchant les étudiants de couleur d'obtenir l'aide dont ils ont besoin.

Le programme comprend des vidéos, comme des conférences TED sur la santé mentale, ainsi que des discussions sur divers diagnostics de santé mentale et des mécanismes d'adaptation sains pour aider les élèves à réguler leurs émotions à l'intérieur et à l'extérieur de la classe.

« Gardez vos affaires hors de la rue »

Un rapport de l' American Psychological Association a révélé que seulement 4% des psychologues aux États-Unis en 2015 étaient noirs, même si les Noirs représentent 13% de la population . Une disparité similaire existe entre les travailleurs sociaux et les psychiatres .

"C'est un moyen de dissuasion", a déclaré le Dr Kali D. Cyrus, psychiatre au Sibley Memorial Hospital de Washington, DC, et professeur adjoint à l'Université Johns Hopkins. Parler des affaires de votre famille avec une personne blanche – et encore moins un étranger – est souvent découragé dans la communauté noire, a ajouté le Dr Cyrus, qui est noir.

La plupart des soins de santé mentale pour les enfants sont dispensés dans les écoles publiques par l'intermédiaire de psychologues ou de conseillers scolaires . Cela est particulièrement vrai dans les quartiers à faible revenu où les autres ressources sont rares. Mais ces professionnels sont également en nombre insuffisant .

Même lorsque des professionnels de la santé mentale sont disponibles, la recherche a montré que la dépression des adolescents noirs n'est souvent pas traitée en raison de perceptions négatives des services et des fournisseurs ou de sentiments de honte à l' idée de ressentir des symptômes dépressifs.

« Les familles noires ne savent généralement pas s'exprimer sur leurs « sentiments » les unes avec les autres », a déclaré le Dr Cyrus dans un e-mail. "Il y a aussi la forte valeur de" garder vos affaires hors de la rue ". "

Depuis que le fils adolescent de Kathy Williams, Torian Graves, s'est suicidé en 1996, elle a enseigné aux habitants de sa ville natale, Durham, Caroline du Nord, les symptômes qui lui ont échappé et l'importance du traitement de la santé mentale. Mais la stigmatisation est toujours forte, a-t-elle déclaré. Certains parents ont peur d'être jugés et ne font pas confiance aux thérapeutes. Parfois, ils disent : « Il suffit de prier pour cela. Cela s'en ira."

Oui, dit-elle, la prière est bonne. Mais traiter la maladie mentale exige plus que cela.

Après la mort de son fils, elle a trouvé un poème dans sa chambre qu'il avait écrit comme devoir de classe.
Ça lit:

Une partie de moi est Carolina Blue,
pleine de saveur et d'excitation,
comme une montagne russe sauvage en liberté.

Mais, Parfois,
je suis méchant, sombre, solitaire,
Noir, en colère contre le monde,
Comme un chien perdu dans le désert,

Pourtant, ils sont tous les deux vrais,
Et ils sont tous les deux moi.

"Wow, c'est ce que mon enfant ressentait", se souvient-elle avoir pensé à l'époque.

«Je l'ai vu parfois en colère et je ne pouvais pas comprendre pourquoi», a-t-elle déclaré à propos de son fils, qui avait 15 ans lorsqu'il est décédé. "Je crois que Torian était déprimé et nous ne le savions pas."

Pour aider à éliminer la stigmatisation associée à la thérapie, le Dr Lindsey a développé un programme pilote dans cinq collèges et lycées publics de la ville de New York qui recrute des jeunes noirs qui présentent des symptômes de dépression et les inscrit à une thérapie avec un clinicien dans un établissement scolaire. clinique de santé mentale.

Lorsque les parents sont informés que leurs enfants ont des problèmes de santé mentale, ils ont souvent l'impression d'avoir fait quelque chose de mal, a déclaré le Dr Lindsey.

"La première chose que nous leur disons, c'est que ce n'est pas de votre faute, ce n'est pas le résultat d'une mauvaise parentalité", a-t-il ajouté.

Quant à Joe, qui souffrait de dépression à Boston, il a finalement trouvé un thérapeute avec l'aide de sa mère et de son médecin traitant et a commencé une thérapie au début de la 12e année.

"Parler à quelqu'un tous les mercredis pendant une heure, cela a juste fait quelque chose", a-t-il déclaré. "Cela m'a fait sentir comme une personne, comme si j'étais recherché."

Son père et le reste de sa famille ont remarqué qu'il n'était plus aussi en colère.

"Ce n'est pas que j'étais fou", a déclaré Joe. « J'avais besoin de quelqu'un pour comprendre ce que je vivais, pour me donner un moyen d'y faire face.

Maintenant, Joe a dit : « J'aime qui je suis.

If you’re worried about someone in your life and unsure of how to help, use one of these free, 24-7 resources:

The National Suicide Prevention Lifeline: 1-800-273-8255 (TALK)

The Crisis Text Line: Text TALK to 741741

The American Foundation for Suicide Prevention

This article was produced as part of the USC Annenberg Center for Health Journalism’s 2021 National Fellowship.


Acces Article Original https://www.nytimes.com/2021/11/18/well/mind/suicide-black-kids.html