lundi 14 mai 2018

CANADA PRESSE TEMOIGNAGE La lutte de Charles-Henri Dolet contre le suicide

La lutte de Charles-Henri Dolet contre le suicide
Henri Ouellette-Vézina Le Soleil
www.ledroit.com*14 mai 2018

Charles-Henri Dolet ne pourra plus jamais remarcher. Il est en fauteuil roulant depuis sa tentative de suicide, lors de laquelle il s’est jeté en bas du pavillon Alphonse-Marie-Parent, à l’Université Laval.
Charles-Henri Dolet ne pourra plus jamais remarcher. Il est en fauteuil roulant depuis sa tentative de suicide, lors de laquelle il s’est jeté en bas du pavillon Alphonse-Marie-Parent, à l’Université Laval.

En 2011, Charles-Henri Dolet quitte la France pour Québec, où il vient étudier en communication à l’Université Laval. Mais rien ne se passe comme prévu. Les problèmes personnels et les circonstances difficiles s’accumulent. Il commence à avoir du mal à dormir, à manger, puis à suivre ses cours. Un solide épisode de dépression allait le mener au 9e étage du pavillon Alphonse-Marie-Parent, où il a tenté de se suicider en se jetant en bas de l’immeuble.

L’histoire n’avait fait que très peu de bruit à l’époque dans les médias. Sa chute de près de 30 mètres avait été amortie par un banc de neige, ce qui lui avait permis de survivre. Mais Charles-Henri ne pourra plus jamais remarcher. Il est en fauteuil depuis le drame.

Pourtant, avant d’en venir à ces idées noires, sa première session à la maitrise se déroulait plutôt bien: il valide trois cours sur quatre, se fait des amis et prend goût au mode de vie québécois. Ce n’est qu’après le temps des Fêtes que les choses se compliquent. Des problèmes familiaux et personnels le découragent lentement à persévérer dans ses projets. À un point tel qu’il doit se rendre à l’évidence. «Je faisais un genre de burnout.»

À l’époque, l’étudiant qu’il était avait accès à des ressources internes pour l’aider, comme le Centre d’aide aux étudiants, qui offre un service de psychologue gratuit à l’UL. Conscient de la gravité de son état, il s’est même déplacé dans un hôpital pour en parler. «Sur place, on m’a prescrit des antidépresseurs, et on m’a dit que ça irait mieux dans une semaine», confie-t-il.

«Je n’avais pas vraiment l’impression qu’on me comprenait, ajoute-t-il. Je pense qu’on ne se rendait pas compte de mon état, et à quel point je n’allais pas bien.»

Lentement, la prise de médication «lève certaines inhibitions» et contribue même à empirer sa situation. Un matin, après des semaines de réflexion, Charles-Henri commet l’irréparable. «C’était un lundi, je me souviens. Je suis monté jusqu’en haut des résidences. J’ai pété la fenêtre et j’ai sauté, sans trop réfléchir. J’avais peur, j’ai hésité plusieurs fois.»

Repartir à neuf

Après sa tentative, le natif de Valenciennes, en France, est devenu beaucoup plus suivi et accompagné, notamment par un psychologue de l’Institut de réadaptation en déficience physique de Québec (IRDPQ), au centre François-Charron. «J’ai fait toute ma réadaptation, chez vous, au Québec», se souvient-il.

Puis, dans les semaines qui ont suivi, le principal concerné s’est senti très épaulé, surtout dans le milieu académique de l’Université Laval. «Mes profs, ma directrice de recherche, la direction de mon département, ils m’ont beaucoup soutenu. Certains sont presque devenus mes amis. Ça m'a fait beaucoup de bien.»

Son mémoire, qui n’était toujours pas achevé au moment de sa tentative – mais qui l’est aujourd’hui – lui a même permis de vivre toute une expérience, après coup. Dans une perspective axée sur la publicité sociale, Charles-Henri a décidé de traiter de la prévention du suicide à l’Université Laval, et des tabous qui y sont associés.

«L’une de mes conclusions, c’était qu’il devient beaucoup plus compliqué de parler quand il s’agit d’un tabou, d’un non-dit, poursuit l’ancien étudiant. Quand on parle de suicide, on entend souvent dire qu’on donne des idées aux gens. Mais en fait, il faut en parler pour dissuader.»

En dissociant son vécu personnel de son travail de recherche, Charles-Henri a pu rencontrer le personnel du Centre d’aide aux étudiants lors d’une entrevue. «J’ai su ne pas mêler mon histoire à ce travail-là, je pense. Et c’est vrai que c’était intéressant.»

Le fait de parler du phénomène a peut-être contribué à tourner la page, convient-il.

Des systèmes à revoir

À la lumière de son expérience personnelle, s’il avait à tirer des conclusions sur son expérience avec le système de santé québécois, Charles-Henri assure qu’elles seraient plutôt bonnes. «Les professionnels sont bons, et ils sont humains chez vous. Ils sont accessibles, de manière générale, et plus présents pour toi.»

Le coeur du problème, selon lui, en est un d’accessibilité, particulièrement dans un contexte de maladie mentale, de dépression ou — dans son cas — d’envies suicidaires. Les délais parfois interminables de la prise d’un rendez-vous avec un médecin créé des frustrations supplémentaires et un sentiment d’isolement, dit-il.

«Il y a un vrai problème d’efficacité, et on m’en a beaucoup parlé. Je l’ai vécu aussi. Au Québec, on me donnait rendez-vous dans les trois, quatre prochaines semaines. Et ça a été super dur de trouver un médecin de famille, tel qu’on me le recommandait.»

En France, un médecin traitant peut se rendre au domicile du patient dans la journée, lorsqu’il en fait la demande. Un système «beaucoup plus performant» pour la maladie mentale et la santé physique de manière générale, aux yeux du principal intéressé.

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