jeudi 6 avril 2017

ARTICLE PRESSE la santé psychique des externes.


Dépressions et suicides: nos futurs médecins en danger
06/04/2017 04:32 | IG |www.centre-presse.fr*
Victimes de maltraitances quotidiennes, de nombreux étudiants en médecine souffrent en silence. Aujourd'hui, les langues se délient.
A la faculté de médecine de Tours, un externe sur cinq a déjà eu des pensées suicidaires et 70% ont déjà pensé à arrêter leurs études. Ce sont les chiffres qui ressortent de la thèse d'Alban Danset, ancien étudiant qui s'est penché sur la santé psychique des externes. « Je suis moi-même tombé en dépression pendant quatre ans durant mon externat. Les études étaient devenues trop violentes et j'ai craqué. J'ai doublé ma quatrième année, triplé ma cinquième et doublé ma sixième. Je ne voulais plus rien faire, je ne mangeais plus, j'avais juste envie de me tuer », raconte le jeune homme de 32 ans, aujourd'hui médecin généraliste. Et les résultats de sa thèse sont éloquents.
"L'enfer" des stages hospitaliers
Réalisée sur deux échantillons (*), à l'université François-Rabelais de Tours et la faculté Paris 7-Diderot, où il a fait une partie de ses études, sa thèse montre que 2,6% des externes ont déjà fait une tentative de suicide. Non seulement confrontés à la douleur et à la mort pendant leurs stages hospitaliers, les étudiants en médecine subissent des pressions de la part de leurs supérieurs qui semblent atteindre leur paroxysme. « Si les études de médecine se résumaient à la faculté, ça irait, raconte un étudiant en cinquième année. L'enfer, ce sont les stages en hôpital », là où s'expriment rabaissements et humiliations, notamment lors des visites professorales où les étudiants se font « défoncer gratuitement ».
Dans son livre Omerta à l'hôpital qui rassemble une centaine de témoignages d'étudiants, le Dr Valérie Auslender met en avant un chiffre stupéfiant: « 40% des étudiants ont déclaré avoir été confrontés personnellement à des pressions psychologiques ». Pour elle, « il y a une reproduction sadique et perverse très explicite » du système: « J'en ai bavé, je ne vois pas pourquoi tu n'en baverais pas ». Ainsi, les violences se reproduisent de façon hiérarchique: « Le chef de service va maltraiter son chef de clinique, qui va maltraiter son interne, qui va maltraiter son externe... » Le tout en silence. A Tours, le doyen de la faculté a conscience du problème et décrit l'hôpital comme un « univers brutal » fondé sur des « relations de quasi-féodalité ». Patrice Diot tempère tout de même la situation: « Il ne faut pas exagérer les chiffres, nous ne sommes pas à un stade où je pense qu'il faille dramatiser. »
"On est là pour vous aider"
Néanmoins, il a fait de la santé psychique des étudiants un des piliers de son programme. Son action s'articule autour d'une commission composée d'étudiants pour aider ceux en difficulté. Nouveauté, cette commission va s'ouvrir à des représentants médicaux de l'hôpital afin qu'ils puissent trouver des solutions adéquates. Le Pr Diot va également intervenir auprès de différentes instances hospitalo-universitaires pour faire passer un message: « Les jeunes, quand ça ne va pas, la porte est ouverte, on est là pour vous aider. Les anciens, faites à attention à ce que vous faites, parce qu'il y a des pratiques d'un autre âge qui ne sont plus acceptables ».
Le doyen reconnaît d'ailleurs lui-même s'être parfois emporté: « C'est un milieu anxiogène. Parfois, on perd le contrôle de soi face à des gens qu'on ne voit pas comme étant en souffrance. »
(*) 539 externes (60,1%) sur 882 à Tours ont répondu au questionnaire d'Alban Danset, et 497 (43,4%) sur 1.143 à Paris.
à savoir
Les études en médecine sont loin d'être un long fleuve tranquille. Le cursus débute par le Paces (Première année commune aux études de santé). Moins de 20% des étudiants franchissent cet obstacle, peut-on lire sur l'Onisep. En 2 et 3 années, les cours sont centrés sur la théorie avec des cours magistraux et des travaux pratiques. C'est en quatrième année que débute l'externat qui permet d'acquérir une formation médicale grâce à des stages en milieu hospitalier. Les externes sont à la fois étudiants et salariés du centre hospitalier. A la fin de la 6 année, ils passent un concours décisif: les épreuves classantes nationales (ESN) qui débouchent sur l'internat pour une durée de trois à cinq ans selon la spécialité. Les études se terminent par l'obtention du diplôme d'État.
Clément Hebral

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