samedi 3 septembre 2016

AUTOUR DE LA QUESTION ETUDE/RECHERCHE: Voir le bon côté des maladies mentales

Voir le bon côté des maladies mentales
Publié le 02/09/2016 sur jim.fr/
La plupart des recherches sociologiques sont consacrées aux aspects négatifs des maladies mentales, notamment au problème de la stigmatisation, y compris l’auto-stigmatisation (self-stigma, qualifiée aussi de « stigmatisation interne »), c’est-à-dire les perceptions négatives du sujet sur sa propre affection psychiatrique. Mais des chercheurs des États-Unis évoquent une question rarement traitée, symétrique de la précédente : la possibilité d’ « opinions positives » concernant les maladies mentales, autrement dit la tendance à voir plutôt « le bon côté des choses. » Même si cette référence constitue bien sûr une vision caricaturale d’une telle tendance à un « incorrigible optimisme », on peut songer ici à la célèbre chanson Always look on the bright side of life (Prenez toujours la vie du bon côté)[1] clôturant le film de Monty Python, La Vie de Brian [2].
Les opinions positives sur la problématique psychiatrique (positive beliefs about mental illness) ont été évaluées chez 332 patients (dont 52,7 % de femmes) âgés de 18 à 70 ans (âge moyen = 32,44 ans ; déviation-standard = 13,18 ans). Le nombre moyen d’hospitalisations en psychiatrie dans leurs antécédents est de 1,72 (déviation-standard = 0,71). Chez les participants évalués par le MINI (Mini International Neuropsychiatric Interview) [3], les diagnostics établis reflètent une grande « variété de troubles » (avec un total supérieur à 100 % car plusieurs diagnostics peuvent coexister) : dépression majeure (71,6 % des cas), trouble bipolaire (24 %), troubles de l’humeur avec caractéristiques psychotiques (11,6 %), psychose (7,6 %), trouble panique (36 %), etc.

Positiver, une utilité clinique ?

Les auteurs observent que les croyances sur la maladie mentale « affectent la façon dont les individus peuvent faire face à leurs symptômes », l’idée d’aspects positifs (comme une créativité ou une cognition accrues) pouvant représenter un bénéfice secondaire dans l’adversité, proche du concept philosophique d’amor fati[4] résumé par l’aphorisme de Friedrich Wilhelm Nietzsche, « Ce qui ne me tue pas me rend plus fort. » Moins fréquente chez les personnes âgées et les femmes, cette tendance à « positiver » sa maladie mentale se révèle plus marquée en cas de troubles bipolaires et tend à augmenter lors du traitement.  L’importance de cette vision positive des choses et ses changements au cours du traitement sont associés à l’évolution clinique, notamment en termes de niveau dépressif et de bien-être. Un renforcement des pensées positives lors du traitement est associé à une réduction de la labilité émotionnelle, seulement chez les patients sans trouble bipolaire.
Malgré son manque de diversité ethnoraciale dans l’échantillon limitant la généralisation des résultats , l’étude illustre l’importance de cette appréciation positive, liée de façon significative à des caractéristiques démographiques, au diagnostic et à l’évolution clinique.  Des recherches ultérieures devraient déterminer, en fonction des différents diagnostics, si des interventions pour renforcer cette vision positive présentent « une utilité clinique. »
[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Always_Look_on_the_Bright_Side_of_Life & https://www.youtube.com/watch?v=SJUhlRoBL8M
[2] https://fr.wikipedia.org/wiki/Monty_Python_:_La_Vie_de_Brian
[3] http://narr.bmap.ucla.edu/docs/MINI_v5_002006.pdf
[4] https://fr.wikipedia.org/wiki/Amor_fati
Dr Alain Cohen

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