jeudi 7 juillet 2016

ETUDE RECHERCHE Tentatives suicidaires de l’hystérique : quels enjeux en milieu psychiatrique ?

Tentatives suicidaires de l’hystérique : quels enjeux en milieu psychiatrique ? 
Suicide attempts among hysterical subjects: What are the challenges in psychiatric wards? 
Camille Legrand (Psychologue),
Pascal Le Maléfan, (Professeur de psychologie clinique)
Normandie université, UNIROUEN, PSY-NCA, 76000 Rouen, France
L'Évolution Psychiatrique

Available online 5 July 2016

Résumé
Objectifs
Face à la fréquence de ses récidives, le passage à l’acte suicidaire chez l’hystérique pose question, notamment lorsqu’il révèle la difficulté des équipes soignantes d’un service psychiatrique à le prendre en charge et à le tolérer. Mal interprétée ou incomprise, la souffrance hystérique interroge, en effet, des pratiques cliniques qui se fondent aujourd’hui essentiellement sur des critères strictement comportementaux. Il conviendrait dès lors de se demander si l’explication actuelle de l’hystérie fournie par le « Trouble de la Personnalité Histrionique (TPH) » issu du DSM-IV et reprise partiellement dans le DSM-5 n’a pas elle-même joué un rôle dans le déclin de sa compréhension. Une histoire des phénomènes suicidaire et hystérique rappelle l’importance de la découverte d’un inconscient subjectif – ce dernier permettant de disculper l’hystérique de l’intention qui lui est pour lors faite de simuler sa souffrance.

Méthode

Deux cas sont ici proposés, d’une étude plus large réalisée dans un service de psychiatrie adulte sur la base d’entretiens. Le choix d’une approche référée à la psychanalyse vise à questionner les critères de validation comportementale du DSM-IV – la simple construction terminologique du « Trouble de la Personnalité Histrionique » posant question sur ses implications morales et sa redondance étymologique.

Résultats

À l’issue de notre étude clinique, il a pu être constaté que les souffrances des sujets suicidaires diagnostiqués « histrioniques » étaient bien réelles et que n’étant ni feintes, ni mimées, le diagnostic de TPH faisait néanmoins porter à ces patients une intention de ressemblance à la souffrance des autres malades.

Discussion

Les travaux de Charcot, Freud et Janet se sont inscrits, au-delà de leurs différences doctrinales, dans une trajectoire clinique différente de l’acception actuelle du TPH issu d’un DSM majoritairement reconnu.

Conclusions

La multiplication des cas d’hystérie suicidaire rencontrés en service psychiatrique ont semblé relever au final d’un abus symptomatique de diagnostic quant à la caractérisation de souffrances socialement inadaptées. La plupart des sujets identifiés comme souffrant de ce trouble ne l’étaient pas nécessairement et ceux qui l’étaient réellement, achoppèrent dans ce service sur une incompréhension fondamentale de la souffrance exprimée. Le traitement de l’hystérie suicidaire à travers une prise en charge psychiatrique nous est dès lors apparu peu adapté. L’hôpital comme lieu de spectacle et d’indifférence par excellence à la maladie, encourageait au contraire ces sujets à surenchérir dans les modes de démonstration de leur mal-être.

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