mardi 24 mai 2016

Histoire d'une Etude recherche « La souffrance psychique liée au travail en médecine générale »

« La souffrance psychique liée au travail en médecine générale » - Mathieu Rivière, doctorant en épidémiologie


mai 24 2016 source miroirsocial.com*

Sources Dim Gestes **

Lauréat du DIM Gestes en 2015, Mathieu Rivière est actuellement doctorant en épidémiologie au sein de l’équipe de recherche en épidémiologie sociale (ERES) de l’Institut Pierre Louis d’Épidémiologie et Santé Publique (Inserm-Sorbonne Universités UPMC). Ses recherches portent sur une étude épidémiologique sur la souffrance mentale liée au travail en médecine générale.

Mathieu Rivière a commencé ses études par un DUT en génie biologique génie environnement, avant de poursuivre avec un bachelor à Édimbourg, puis un master en microbiologie à Paris. Mais plus que la microbiologie, c’était davantage l’investigation épidémiologique qui l’intéressait. D’où sa décision, en 2007, d’intégrer un master en santé publique à Bordeaux, puis un master 2 recherche en épidémiologie, dans le cadre duquel, en stage, il a mené une enquête sur la mortalité chez les sapeurs-pompiers professionnels. « Au départ, mon objectif était de continuer sur cette thématique et de réaliser une thèse sur le sujet. Mais les financements ont manqué ». Finalement, en 2011, il a commencé à travailler comme chargé d’étude scientifique à l’Institut de Veille Sanitaire (InVS-Cire Centre) puis en 2013 comme ingénieur d’étude à l’INSERM, où il anime l’antenne Centre Nord–Pas-de-Calais du réseau Sentinelles. « Le projet d’étude sur la souffrance psychique en lien avec le  travail avait été initié dans la région Centre, en partenariat avec l’Agence Régionale de Santé (ARS). Mais quand j’ai repris le poste, qui était resté inoccupé pendant un an, l’ARS ne pouvait plus financer ce projet ».

Le projet Héraclès

C’est finalement l’ARS de la région Nord-Pas de Calais qui finance ce projet, baptisé « Héraclès » et dont l’objectif est de mesurer la prévalence des cas de souffrance psychique liée au travail, vus en consultation de médecine générale. « Les médecins généralistes participant à l’étude pouvaient inclure jusqu’à 24 patients venant en consultation pour tous type de motif ». Il était alors nécessaire de « recruter » des médecins généralistes installés dans le Nord–Pas-de-Calais pour y participer, notamment en développant le réseau Sentinelles dans cette région. L’équipe a également contacté le Collège national des généralistes enseignants, ainsi que l’Union régionale de professionnels de santé-médecins libéraux, pour qu’ils transmettent l’information dans leur réseau. « Certains ont répondu mais nous avons dû en rappeler beaucoup… C’était une étape assez longue ».

Au final, 121 médecins y ont participé entre avril et août 2014, pour un total de 2 019 patients. « Début 2015, nous avons commencé à traiter les données, à nettoyer la base, à effectuer quelques vérifications et à analyser les résultats ». C’est aussi à cette période qu’il a envoyé son projet de thèse au DIM Gestes pour obtenir une allocation de recherche. « Il y avait tout ce qui fallait dans cette étude pour commencer une thèse ».

Gestes-Rouages

25 % des patients présentaient une souffrance psychique liée au travail.Quels ont été les premiers résultats ? (Article en cours de soumission) « Nous avons constaté que la prévalence globale était assez élevée, avec 25 % de personnes qui venaient en consultation générale pour un problème de souffrance psychique liée au travail, diagnostiqué à l’aide d’un questionnaire standardisé. Ce qui est assez important ». Les informations sur ces pathologies psychiatriques étaient recueillies via l’outil « MINI » (mini international neuropsychiatric interview). Parmi elles, quatre pathologies ont été prises en compte, les patients pouvant en cumuler plusieurs, ou toutes : l’anxiété généralisée (prévalence de 18 % sur l’ensemble des patients ayant participé à l’étude), l’épisode dépressif majeur (14 %), consommation d’alcool (5 %) et risque suicidaire (9 %). L'étude permettait également de prendre en compte les patients exprimant leur souffrance lors de la consultation. « C’était le cas de 24 % des patients pour qui une souffrance psychique liée au travail avait été rapportée. » De même, la détection d’une souffrance liée au travail pouvait être réalisée par le médecin lui-même avec toujours une prévalence aux alentours de 25 %. Autrement dit, peu importe la manière dont les patients ont été « détectés » ou déclarés, la prévalence semble toujours la même. « C’est intéressant car, dans la littérature, de nombreux articles traitent de la souffrance psychique mais le lien avec le travail n’est pas souvent étudié. Cette étude est une première en France ».

Souffrance psychique liée au travail : quelle prise en charge des généralistes ?

Il semblerait que les renvois vers les médecins du travail restent assez rares.
Autre aspect que Mathieu Rivière compte « creuser » : quelle prise en charge le généraliste choisit-il ? Rencontre-t-il des difficultés ? « Nous avons étudié les différents traitements proposés : prescription médicamenteuse ? Arrêt de travail ? Si oui, de quelle durée ? Le médecin a-t-il redirigé le patient vers la médecine du travail ? Un psychologue ou un psychiatre ? Nous n’avons pas encore vraiment creusé ces questions. C’est la prochaine étape ». Cela dit, en attendant des résultats plus précis, il semblerait que les renvois vers les médecins du travail restent assez rares… « Il serait intéressant de se pencher là-dessus. Cela pourrait même être un argument de plus pour faire intégrer un volet sur la souffrance psychique en lien avec le travail dans la formation des médecins ». Idem pour les redirections vers les psychiatres/psychologues. Rares. Contrairement aux prescriptions médicamenteuses (« le premier réflexe étant de prescrire des anxiolytiques ou des antidépresseurs ») et aux (longs) arrêts de travail. « Un coût important pour la société. » Méthodes thérapeutiques dont l’efficacité reste sans doute à prouver…

Cette recherche pourrait peut-être contribuer à la réflexion autour de la prise en charge de la souffrance au travail et peut-être (pourquoi pas ?) encourager à resserrer les liens entre les médecins généralistes, les professionnels de la psychiatrie/psychologie, voire aussi les médecins du travail.


* http://www.miroirsocial.com/actualite/13404/la-souffrance-psychique-liee-au-travail-en-medecine-generale-mathieu-riviere-doctorant-en-epidemiologie 

** Dim Gestes

1 commentaire:

  1. Une thématique tout à fait intéressante, et encore beaucoup trop tabou au sein du monde médical. L'occasion m'avait été donnée l'année dernière de participer à un groupe de recherche du CRISE, centre de recherche en prévention du suicide à l'UQAM (Université de Montréal)
    Une chercheuse et médecin américaine avaient avancé le nombre de 400 suicides en moyenne/an chez les médecins américains, toutes spécialités confondues. Les premières conclusions révélaient un tabou et un silence inhérent à la condition de médecin autour de la dépression et du suicide. Peu révèlent leur mal-être en raison de diverses pressions, principalement professionnelles, avec la crainte de ne plus pouvoir exercer si cela se savait. De plus, une hypothèse émergeait autour de la formation, parcours ô combien difficile, et devenant facteur de risque car potentiellement fragilisant pour le mental des professionnels (grand renforcement face à la pression ne permettant plus l'échec, ce dernier devenant bien plus fragilisant s'il apparaît) Je pense qu'il serait très important effectivement de renforcer les liens entre professionnels de psychiatrie/psychologie et du monde médical, afin de proposer une alternative viable à l'omerta et l'auto-médication..

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