lundi 9 mai 2016

ETUDE RECHERCHE AUTOUR DE LA QUESTION Patients âgés en psychiatrie : des prescriptions avec un retentissement direct sur leur fonctionnement à la sortie de l'hôpital

Patients âgés : des prescriptions inappropriées en psychiatrie
09.05.16 infirmiers.com*

Les prescriptions potentiellement inappropriées sont importantes chez les personnes âgées hospitalisées en psychiatrie et sont associées à une réduction de leurs capacités fonctionnelles à leur sortie de l'hôpital, montre une étude française publiée dans Psychopharmacology.

Près de 76,1% des patients âgés admis en psychiatrie quittent l'hôpital avec au moins une prescription inappropriée.Cet article démontre une forte prévalence de prescriptions potentiellement inappropriées chez les personnes âgées hospitalisées en psychiatrie et un retentissement direct sur leur fonctionnement à la sortie de l'hôpital. Il soulève un problème majeur de santé publique, commente le premier auteur, Guillaume Fond de l'Inserm U955 à l'hôpital Henri­-Mondor à Créteil (AP­HP, Val-de-Marne) et ses collègues.

Une étude menée à l'AP-HM auprès de 327 personnes âgées

Les prescriptions potentiellement inappropriées constituent un phénomène croissant des pays développés en raison du vieillissement de la population et de l'augmentation globale des prescriptions. De précédentes études ont montré globalement l'importance de ce phénomène chez les personnes âgées déjà fragiles. Cette fois, les chercheurs ont voulu examiner précisément ce qu'il en était chez les seniors hospitalisés en psychiatrie. Pour cela, ils ont conduit une étude rétrospective des bases de données de l'Assistance publique-hôpitaux de Marseille (AP-­HM). Il n'existe pas d'unité spécifique de psycho-gériatrie mais l'établissement psychiatrique compte près de 4.000 visites annuelles dans ses services de soins aigus. L'analyse a porté sur 327 patients d'au moins 65 ans (73,9 ans en moyenne), hospitalisés en psychiatrie en 2009. Près de la moitié des cas (49,8%) présentaient des troubles de l'humeur et plus d'un quart d'entre eux (27,2%) avaient une schizophrénie ou un trouble associé. Le nombre moyen de médicaments administrés par patient lors de leur séjour à l'hôpital était de 6,5, avec 2,8 psychotropes.
Cette [étude] démontre une forte prévalence de prescriptions potentiellement inappropriées chez les personnes âgées hospitalisées en psychiatrie et un retentissement direct sur leur fonctionnement à la sortie de l'hôpital.

76,1% des patients âgés admis en psychiatrie ressortent avec au moins une prescription inappropriée

A la sortie de l'hôpital, il apparaît que plus des trois quarts des patients (76,1%) avaient au moins une prescription potentiellement inappropriée, principalement des anxiolytiques (69,9%), ainsi que des hypnotiques et sédatifs (17,1%), des antipsychotiques de première génération (11%) et des antidépresseurs tricycliques (1,9%). L'analyse multivariée des données montre que les prescriptions potentiellement inappropriées à la sortie de l'hôpital sont associées de manière significative au plan statistique à une diminution de certaines capacités fonctionnelles (capacités à prendre soin de soi-même, comme se nourrir ou se laver), avec un risque relatif rapproché (OR) de 0,9 et ce, indépendamment de l'âge, du sexe, du diagnostic psychiatrique et des maladies somatiques. Cette étude montre clairement que les prescriptions potentiellement inappropriées, définies selon les critères de Beers, sont très fréquentes chez les patients âgés psychiatriques après une hospitalisation, concluent les chercheurs. Nous pensons que les psychiatres qui prescrivent à des patients âgés polymorbides et polymédiqués pourront le faire de manière sûre seulement s'ils acquièrent une connaissance profonde des conditions gériatriques courantes et apprennent comment appliquer les principes de pharmacologie clinique et les outils validés dans leur pratique quotidienne, que ce soit à la fois dans le secteur libéral, à l'hôpital ou dans les institutions, commentent ils. Ils soulignent par ailleurs l'importance des approches non médicamenteuses dans cette population pour remplacer les prescriptions d'anxiolytiques et d'hypnotiques.
Les psychiatres qui prescrivent à des patients âgés polymorbides et polymédiqués pourront le faire de manière sûre seulement s'ils acquièrent une connaissance profonde des conditions gériatriques courantes.
* http://www.infirmiers.com/profession-infirmiere/infirmiere-dans-la-fonction-publique/patients-ages-prescriptions-inappropriees-psychiatrie.html

référence étude citée : Psychopharmacology (Berl). 2016 Apr 30. Potentially inappropriate psychotropic prescription at discharge is associated with lower functioning in the elderly psychiatric inpatients. A cross-sectional study. Fond G1,2,3,4, Fajula C5, Dassa D6, Brunel L7,8, Lançon C7,9, Boyer L9.
1
Fondation FondaMental, Créteil, France. guillaume.fond@gmail.com.
2INSERM U955, Translational Psychiatry team, Créteil, France. guillaume.fond@gmail.com.
3DHU Pe-PSY, Pôle de Psychiatrie des Hôpitaux Universitaires H Mondor, Paris Est University, Créteil, France. guillaume.fond@gmail.com.
4Pole de Psychiatrie, Hôpital A. Chenevier, 40 rue de Mesly, Créteil, France, 94010. guillaume.fond@gmail.com.
5Department of Psychiatry, Assistance Publique-Hôpitaux de Marseille, Sainte-Marguerite University Hospital, 13009, Marseille, France.
6Department of Psychiatry, Assistance Publique-Hôpitaux de Marseille, La Conception University Hospital, 13005, Marseille, France.
7Fondation FondaMental, Créteil, France.
8Pole de Psychiatrie, Hôpital A. Chenevier, 40 rue de Mesly, Créteil, France, 94010.
9Department of Public Health, EA 3279 Research Unit, University Hospital, Assistance Publique-Hôpitaux de Marseille, 13005, Marseille, France.
Abstract
OBJECTIVE:The objectives are to determine the rate of potentially inappropriate psychotropic (PIP) prescription at discharge in the elderly psychiatric inpatients and to determine whether PIP is associated with lowered functioning outcomes.
METHODS: Sociodemographic, clinical, and treatment data for all inpatients aged ≥ 65 years consecutively hospitalized during 1 year in 13 psychiatry departments was analyzed. PIP+/PIP- groups were defined according to the French-updated Beers criteria. Daily functioning was evaluated by the daily living (ADL) scale. Logistic regression analysis was used to estimate odds ratios for the association between PIP administration at discharge and respectively functioning and potential confounding factors.
RESULTS: Data was obtained for 327 patients. Overall, 124 (37.9 %) patients were males, and the mean age was 73.9 years (SD = 5.6); 163 (49.8 %) patients were diagnosed with affective disorders and 89 (27.2 %) with schizophrenia/schizotypal/delusional disorders. Overall, 249 (76.1 %) had one or more PIP medications, mainly anxiolytics (69.9 %) and hypnotics (17.2 %). In a multivariate analysis, PIP prescription at discharge has been associated with patient lowered personal care functioning, independently of age, gender, and psychiatric or somatic diagnoses (OR = 0.88 (0.79-0.97, p = 0.01).
CONCLUSION: In the current increasingly fragmented health care systems, special attention must be given to PIP prescription in older population suffering from psychiatric disorders. Using the Beers criteria, the present study demonstrates the high prevalence of PIP prescription, which concerns a large panel of drugs but mostly anxiolytics and hypnotics independently of psychiatric or somatic diagnoses and sociodemographic characteristics. Our study has demonstrated for the first time an association between PIP prescription and lowered patient functioning. Further longitudinal studies should confirm a potential causal relation.
KEYWORDS:Benzodiazepines; Elderly; Functioning; Inpatient; Potentially inappropriate psychotropic prescription; Psychiatric disorder
 

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