jeudi 21 avril 2016

SUISSE AUTOUR DE LA QUESTION.. un café prison pour des proches de détenus psychiques, des professionnels du monde pénal et pénitentiaire..

«Les proches des détenus psychiques n’ont aucun droit»
article du Mercredi 20 avril 2016 http://www.lecourrier.ch* Sophie Dupont

A Lausanne, les Cafés prison tentent un dialogue entre les proches des détenus et les professionnels du pénitentiaire. Reprise ce lundi après deux ans de pause.

Le Café prison fait son retour à Lausanne après deux ans de pause. Organisé par le Groupe d’accueil et d’action psychiatrique (Graap), il réunit des proches de détenus psychiques, des professionnels du monde pénal et pénitentiaire ainsi que le grand public pour un dialogue autour de la prison. Le dernier café avait attiré plus d’une centaine de personnes.

La sixième édition sera consacrée ce lundi à l’expertise psychiatrique lors du procès pénal, avec notamment la participation du procureur général Eric Cottier et de l’avocat et député Nicolas Mattenberger.

Créés en 2012, ces tables rondes abordent la délicate question de l’incarcération de personnes avec des troubles psychiatriques. Dans le canton de Vaud, une centaine de détenus sont incarcérés pour une durée indéterminée sous le régime d’une «mesure thérapeutique institutionnelle», selon l’article 59 du Code pénal.

Après dix-huit mois de réflexion, le Graap remet l’ouvrage sur le métier, prêt à relever le défi de renouer le dialogue. Le point avec Madeleine Pont, fondatrice du Graap et co-organisatrice des Cafés.

Après plusieurs mois de réflexion, les Cafés prisons reviennent. Avec de nouveaux objectifs?

Madeleine Pont: Non, les objectifs n’ont pas changé. La discussion s’est poursuivie avec les professionnels qui ont confirmé l’importance des Cafés. L’idée est d’ouvrir le dialogue sur la place publique pour combattre les tabous autour de la prison et de la maladie psychique et donner la parole aux proches. Nous répondons aussi à un besoin d’établir un lien avec les professionnels. Proches et professionnels expriment leurs besoins et leurs limites.

Ce dialogue n’existe-t-il pas dans le cadre institutionnel?

Les proches n’ont aucun droit. Contrairement aux hôpitaux, la prison ne les reconnaît pas comme partenaires. Quand quelqu’un de votre entourage est incarcéré pour une durée indéterminée vous ne recevez quasiment pas d’information et vous ne savez pas à quoi vous raccrocher. Lors du dernier Café prison, un proche a appris qu’il pouvait appeler le service social aux EPO (Etablissements pénitentiaires de la plaine de l'Orbe). Un autre a pu discuter avec un éducateur, qui lui a donné des informations sur un accueil en foyer, après la prison.

Sortie, expertise psychiatrique, les thématiques sont pour le moins délicates. Peut-on parler de tout?

Nous pouvons parler de tout, mais pas n’importe comment. Les Cafés ne sont pas un lieu où régler ses comptes, mais où l’on témoigne d’un vécu, que l’on soit proche ou professionnel. Le défi est de maitriser la frontière extrêmement fine qui sépare le témoignage de la revendication pour élever le débat au niveau d’une réflexion plus sociétale.

Le prochain Café est consacré à l’expertise lors du procès. Quelles sont les préoccupations des proches?

L’expertise évalue entre autres le risque de dangerosité. Son résultat peut aboutir à une incarcération sous le coup d’une mesure selon l’article 59. Beaucoup de questions se posent. Le pouvoir du psychiatre est-il déterminant? Le juge peut-il ne pas tenir compte de l’expertise? Le prévenu peut-il demander un second avis? Les proches dénoncent une certaine forme de «présomption de violence»: pour quelqu’un qui souffre de troubles psychiques, une agression sans gravité sera jugée plus sévèrement et aboutira plus facilement à l’incarcération.

Pourtant, l’expert énonce un avis professionnel, face à un proche qui a une vision forcément subjective de la situation…

Les proches souffrent de cette réputation d’être trop impliqués et de ne pas voir la réalité de manière objective. Ce n’est pas forcément vrai. A plusieurs reprises, j’ai remarqué qu’ils ont une vision très éclairée des risques. Je vous donne un exemple. Deux membres de notre groupe ont alerté plusieurs fois un psychiatre sur le comportement inquiétant de leur fils, sentant venir un drame. Le corps médical n’a pas pu réagir adéquatement avant que le délit soit commis. A travers les Cafés prison, nous cherchons aussi une reconnaissance de l’expertise des proches.

Et cela fonctionne?

On ne brise pas les tabous en un tour de main. Notre groupe attire de plus en plus de proches de détenus et, ensemble, ils osent exprimer leur position de manière plus assurée. Mais il faut rester humble: instaurer un dialogue prend du temps et ce n’est que le début.


> Quelle place pour l’expertise psychiatrique lors du procès pénal? 6ème Café prison, lundi à 18h30, salle des fêtes du Casino de Montbenon, Lausanne.

Source http://www.lecourrier.ch/138427/les_proches_des_detenus_psychiques_n_ont_aucun_droit 

INFO +
http://www.graap.ch/

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