jeudi 10 décembre 2015

AUTOUR DE LA QUESTION BELGIQUE DEBAT La difficulté de l’euthanasie pour seul motif de souffrance psychique

La mort comme thérapie ? La difficulté de l’euthanasie pour seul motif de souffrance psychique
Contribution externe
Publié le mardi 08 décembre 2015 sur lalibre.be *

Opinions

Une carte blanche de 65 professeurs d’université, psychiatres, psychologues…dont les premiers signataires sont Ariane Bazan, Gertrudis Van de Vijver et Willem Lemmens.

Pour la première fois depuis l'entrée en vigueur de la loi sur l’euthanasie en 2002, une décision d’euthanasie – le cas De Moor/Van Hoey – a été contestée par la commission d’évaluation et renvoyée à la justice. Il existe un documentaire télévisé de la chaîne australienne SBS de cette euthanasie ainsi que des conversations entre le patient et le médecin. De même, récemment ‘The Economist’ a diffusé un reportage vidéo incisif sur une jeune fille brugeoise de 24 ans, qui a renoncé en dernière instance à l’exécution de son euthanasie, qui lui avait été accordée pour motif de souffrance psychique (24 & ready to die).

Dans notre lettre ouverte du 11 septembre 2015 (Le Soir), nous avions épinglé l'insécurité juridique dans laquelle se trouvent les médecins pratiquant l'euthanasie pour seul motif de souffrance psychique. Avec cette deuxième carte blanche, nous voulons à nouveau attirer l'attention du public sur la difficulté spécifique que pose l’euthanasie pour seul motif de souffrance psychique, notamment l’impossibilité d’en objectiver l'incurabilité. L’idée que cette incurabilité puisse être attestée, par exemple, par des indications de lésions organiques ou de dommage des tissus, en d'autres termes, sur la base de critères démontrant la maladie, indépendamment de ce qui est ressenti ou pensé subjectivement, est problématique pour la souffrance mentale. Soyons clairs: la souffrance psychique est réelle et peut être au moins aussi sévère que la souffrance physique. Cependant, ce qui la caractérise, est qu’on ne peut se baser que sur la parole de celui qui souffre pour l'estimer. Et c’est une bonne chose, parce que seul celui qui souffre sait combien ça fait mal au moment même. Au moment même... puisque, quand nous souffrons mentalement, nous sommes le plus souvent convaincus que notre avenir est sombre. C’est même précisément cette pensée qui précipite notre détresse, puisque, tant que nous voyons des perspectives, nous arrivons généralement à supporter beaucoup.

La dépression est aujourd'hui la maladie mentale la plus répandue: on estime qu’une personne sur sept sera confrontée à une grave dépression dans sa vie (OMS, 2011). Si nous mettons ces chiffres en rapport avec le fait que le désespoir est l'un des éléments centraux d'un épisode dépressif, il apparaît clairement que le sentiment désespéré est sans rapport avec le caractère désespéré d’une situation. A la différence de maladies qui sont la conséquence de dommages organiques, la souffrance psychique est associée à un changement de fonctionnement – et non à une lésion – des tissus. Cette différence est essentielle car, par définition, ces changements dynamiques peuvent se renverser, et parfois même subitement. Nous voyons, par exemple, comment certaines personnes qui ont été déclarées incurables et qui, sur cette base, ont obtenu le droit à une euthanasie, y renoncent parfois quand de nouvelles – et fragiles – perspectives se font jour. Ceci prouve paradoxalement que la maladie ne pouvait être qualifiée d’incurable. L'évaluation subjective de ses propres perspectives, en cas de souffrance psychique, ne permet donc pas d’en étayer le caractère incurable. La conclusion est claire : la loi actuelle suppose à tort qu’en cas de souffrance psychique, il peut y avoir des critères cliniques objectifs qui permettent d’appuyer l’euthanasie. C’est pour cette raison que l’euthanasie pour seul motif de souffrance psychique ne peut être réglée par la loi.

Par ailleurs, d’aucuns défendent l’idée que (seule) la mort comme option peut induire un renversement vers un rétablissement et que pour cette raison cette option peut être considérée comme faisant partie de soins de qualité. A notre avis, ceci équivaut à une faillite radicale du secteur des soins de santé mentale. L’option de ‘la mort comme thérapie’, y compris son application effective par euthanasie dans certains cas, implique a priori le renoncement à ce qu’une thérapie peut et doit être dans tous les cas: l’ouverture inépuisable de nouvelles perspectives.

En tant que représentants des différents groupes professionnels directement impliqués par la question, dans les diverses régions du pays et au-delà des lignes de fracture idéologiques classiques, nous sommes alarmés par la banalisation croissante de l’accès à l'euthanasie pour seul motif de souffrance psychique. Nous sommes convaincus de ce que cette situation est intrinsèquement liée à l’impossibilité d’asseoir une législation sur une évaluation subjective. Voilà pourquoi nous insistons pour que soit retirée de la législation actuelle la possibilité d’une euthanasie au seul motif de souffrance psychique.



* http://www.lalibre.be/debats/opinions/la-mort-comme-therapie-la-difficulte-de-l-euthanasie-pour-seul-motif-de-souffrance-psychique-5666ec92357004acd0fe76a6

AUTRE ARTICLE


Pour 65 experts de la santé, l'euthanasie pour souffrance psychique ne devrait plus être autorisée
Publié le 08 décembre 2015 sur rtl.be **

Soixante-cinq professeurs d'université, psychiatres et psychologues ont demandé mardi dans une carte blanche publiée dans le Morgen que la majorité gouvernementale adapte la loi sur l'euthanasie de manière à ne plus l'autoriser en cas de souffrance psychique constante, insupportable et inapaisable.

Environ 100 personnes ont fait valoir ce droit pour demander l'euthanasie au cours des deux dernières années. "Nous sommes inquiets par la banalisation croissante de l'euthanasie en fonction de souffrances psychiques", écrivent les spécialistes.

Le professeur Ariane Bazan (ULB) évoque notamment le cas de malades dépressifs qui peuvent faire valoir ce droit à l'euthanasie alors que selon la science, la qualité du thérapeute dans le suivi de son patient joue un rôle plus déterminant que la thérapie elle-même.

Alors que l'euthanasie a toujours suscité plus de débats en Flandre que dans la partie francophone du pays, l'Open Vld et le sp.a ont d'ores et déjà rejeté l'idée d'une adaptation de la loi. Ramener l'euthanasie pour des souffrances psychiques à la dépression est "un peu court", a commenté la présidente des libéraux flamands Gwendolyn Rutten selon qui les cas évoqués sont généralement des patients avec un long passé psychiatrique.Pour la députée Karin Jiroflée (sp.a), il s'agit effectivement surtout de personnes qui ont essayé toutes les thérapies possibles après de longues années de psychiatrie.




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http://www.rtl.be/info/belgique/societe/pour-65-experts-de-la-sante-l-euthanasie-pour-souffrance-psychique-ne-devrait-plus-etre-autorisee-777490.aspx

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