lundi 23 novembre 2015

ETUDE RECHERCHE CANADA Mise en oeuvre des Programmes de prévention du suicide : les coûts et les années de vie potentielles

Mieux prévenir le suicide : un investissement rentable
Une étude évalue le potentiel positif d’implanter au Québec des programmes de prévention qui ont fait leurs preuves en Europe
18 novembre 2015 Robin Renaud / source : usherbrooke.ca *



Helen-Maria Vasiliadis est professeure au Département des sciences de la santé communautaire, au Campus de Longueuil
Photo : Université de Sherbrooke

Le Québec et le Canada auraient tout avantage à investir dans des programmes de prévention du suicide basée sur l’approche de l’Alliance de Nuremberg contre la dépression (NAD) qui a fait ses preuves en Europe depuis le début des années 2000. En plus des vies sauvées et des bénéfices pour les proches des personnes à risque, les chercheurs évaluent que le rapport coût-bénéfices serait très positif en termes de dépenses en santé et services sociaux. Dans une analyse prospective, les chercheurs estiment qu’un investissement de près de 24 M $ annuellement au Québec aurait le potentiel de générer des économies de 3979$ par année de vie maintenue. Ce calcul repose sur des modèles économiques basés sur l’approche du capital humain et une estimation des coûts de santé futurs, liés à une baisse potentielle du nombre de gestes suicidaires. Cette étude menée par la professeure Helen-Maria Vasiliadis de l’Université de Sherbrooke, avec des collègues de trois autres universités, vient de paraître dans The Journal of Mental Health Policy and Economics.

«Nos résultats indiquent que les économies potentielles sont très importantes, principalement en raison du nombre de décès par suicide qui pourraient être évités mais également grâce à la diminution des cas d’incapacité liée à la dépression. Il faut ajouter que les suicides engendrent une série de coûts qui ne peuvent être mesurés, comme la souffrance due à la perte d'un être cher ; la qualité de vie réduite ou la perte de productivité liée à une mort prématurée», indique Pre Vasiliadis.

Résultats probants en Europe

L’approche préconisée par les auteurs de l’étude vise à adapter, en contexte québécois les principes mis en place par l’approche NAD. Ce modèle d’abord développé à Nuremberg a été étendu à l’ensemble de l’Allemagne. En 2004, il a été implanté dans 16 pays d’Europe qui adhèrent à l’Alliance européenne contre la dépression. Ces programmes de prévention prévoient des actions à plusieurs niveaux et reposent principalement sur quatre piliers:
la formation des médecins de famille dans la détection et le traitement de la dépression;
des campagnes de la population visant à accroître la sensibilisation à la dépression et l'utilisation accrue de services et de traitement;
le développement des leaders de la communauté parmi les premiers intervenants, comme des professeurs, travailleurs sociaux, pharmaciens ou policiers, entre autres;
et le suivi des groupes à haut risque ainsi que des personnes qui ont tenté de se suicider et de leurs proches.

Une première étude européenne parue en 2010 a mesuré les effets de ces programmes de prévention. On y a recensé des baisses d’en moyenne 27% sur trois ans quant au nombre de tentatives de suicide, ainsi qu’une baisse de 16% du nombre de suicides complétés.

«Une étude plus récente parue en Hongrie en 2013 a montré que le programme de NAD a eu un impact significatif et plus important sur la réduction des taux de suicide - jusqu'à 56% la première année- dans la ville de Szolnok, par rapport aux réductions observées dans l’ensemble du pays», mentionne la chercheuse de l’UdeS.

Dans l’étude québécoise, les auteurs suggèrent la possibilité de mettre en place des programmes largement inspirés des principes de Nuremberg, mais qui tiendraient compte des spécificités du Québec.

Chez nous
L’étude propose un scénario impliquant un investissement de près de 24M $ dans des programmes de prévention du suicide. Ce montant pourrait récupérer certaines sommes qui font déjà partie des budgets de prévention existants, mais une portion de nouvel argent permettrait d’étendre la prévention. «Les coûts supplémentaires consistent à rendre certains des programmes accessibles à l’ensemble du territoire du Québec. Ceux-ci comprennent les coûts de formation des sentinelles, mais serviraient surtout à déployer des équipes d’infirmières de première ligne desservant des personnes souffrant de troubles mentaux présentant des risques suicidaires.» Actuellement, il existe des initiatives régionales, mais l’objectif à long terme serait de mieux déployer l’ensemble des services.

Suites à l’étude

Les chercheurs comptent soumettre l'automne prochain une demande de subvention de fonctionnement pour évaluer précisément l'une des modalités de la prévention du suicide : les infirmières de première ligne dans les urgences. Cette étude visera à évaluer l'impact de la présence généralisée des infirmières dédiées au traitement des personnes à risque, sur les coûts du système de santé, en lien avec la réduction des actes suicidaires. Les chercheurs soutiennent également la Commission de la santé mentale du Canada, pour un projet de démonstration du programme de NAD à travers le Canada.

* http://www.usherbrooke.ca/medias/nouvelles/nouvelles-details/article/30132/


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Info étude citée

J Ment Health Policy Econ. 2015 Sep;18(3):147-55.
Implementing Suicide Prevention Programs: Costs and Potential Life Years Saved in Canada.
Vasiliadis HM1, Lesage A, Latimer E, Seguin M.
1Centre de recherche - Hopital Charles-Le Moyne Campus de Longueuil - Universite de Sherbrooke, 150 Place Charles LeMoyne - Bureau 200 Longueuil (QC) J4K 0A8, Canada, helen-maria.vasiliadis@usherbrooke.ca.
Abstract
BACKGROUND:
Little is known about the costs and effects of suicide prevention programs at the population level.
AIMS OF THE STUDY:
We aimed to determine (i) the costs associated with a suicide death and using prospective values (ii) the costs and effects of transferring, into a Canadian context, the results of the European Nuremberg Alliance against Depression (NAD) trial with the addition of 4 community-based suicide prevention strategies. These included the training of family physicians in the detection and treatment of depression, population campaigns aimed at increasing awareness about depression, the training of community leaders among first responders and follow-up of individuals who attempted suicide.
METHODS:
This study includes a prospective value implementation study design. Using published data and information from interviews with Canadian decision makers, we assessed the costs of a suicide death in the province of Quebec and the costs of potentially implementing the NAD multi-modal suicide prevention programs, and the incremental cost-effectiveness ratio (ICER), from a health care system and societal perspective, associated with the NAD program while considering the friction cost method (FCM) and human capital approach (HCA) (discounted at 3%.) The costs considered included those incurred for the suicide prevention program and direct medical and non-medical costs as well as those related to a police investigation and funeral costs. Indirect costs associated with loss of productivity and short term disability were also considered. Sensitivity analyses were also carried out. Costs presented were in 2010 dollars.
RESULTS:
The annual total cost of implementing the suicide prevention programs in Quebec reached CAD23,982,293. The most expensive components of the program included the follow-up of individuals who had attempted suicide and psychotherapy for bereaved individuals. These accounted for 39% and 34% of total costs. The ICER associated with the implementation of the programs reached on average CAD3,979 per life year saved.
DISCUSSION:
Suicide prevention programs such as the NAD trial are cost-effective and can result in important potential cost-savings due to averted suicide deaths and reduced life years lost.
IMPLICATIONS FOR HEALTH CARE PROVISION AND USE:
Implementation of suicide prevention programs at the population level in Canada is cost-effective. Community mental health programs aimed at increasing awareness and the treatment of depression and better follow-up of high risk individuals for suicide are associated with a minimal per capita investment. These programs can result in important potential cost-savings due to averted suicide deaths and decreased disability due to depression.
IMPLICATIONS FOR FURTHER RESEARCH:
Additional research should focus on whether the outcomes of multi-modal suicide programs are specific or synergistic and most effective for which population subgroups. This may help inform how best to invest resources for the highest return.
 http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/26474050

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