vendredi 30 octobre 2015

RECHERCHE ETUDE ETATS UNIS Association entre l'intégration sociale et le suicide chez les femmes aux États-Unis

Trois fois moins de suicides parmi les femmes socialement bien intégrées
Publié le 27/10/2015 sur http://www.jim.fr/
Le suicide figure parmi les causes importantes de mortalité parmi les femmes d’âge mûr (la cinquantaine environ). On pourrait penser a priori qu’une meilleure intégration sociale constitue, de toute évidence, un facteur de protection contre le suicide, mais il existe une « tradition historique » sur les déterminants sociaux du suicide (remontant à Durkheim) qui postule, de façon contre-intuitive, que « le suicide varie en raison inverse de l’intégration sociale. » Mais l’intuition d’une protection liée à l’intégration sociale se retrouve au contraire renforcée par une enquête réalisée aux États-Unis et exploitant les données d’une étude prospective (Nurses’ Health Study) sur plus de 72 000 infirmières âgées de 46 à 71 ans, pour évaluer « l’association entre l’intégration sociale et le suicide. »
 Cette intégration sociale est estimée à partir de 7 items précisant notamment le statut matrimonial, l’importance du réseau de connaissances, la fréquence des contacts avec ces relations, et la participation à une communauté religieuse ou à d’autres formes de groupes sociaux. Compilant le nombre de suicides survenus durant les 18 années (1992–2010) de ce suivi, lequel porte ainsi sur près de 1,3 million de personnes-années (72 000 x 18), cette étude en recense 43. Les auteurs constatent que l’incidence du suicide « diminue avec l’accroissement de l’intégration sociale » : le risque de suicide se révèle minimal dans la catégorie de personnes ayant l’intégration sociale la plus élevée (rapport de cotes = 0,23 intervalle de confiance à 95 %, IC95, [0,09–0,58] ) et pour la catégorie où cette intégration sociale se situe juste au-dessous (rapport de cotes = 0,26 IC95 [0,09–0,74]). Ces constats persistent même en tenant compte d’autres facteurs (comme une éventuelle problématique psychiatrique ou une grave affection somatique).
En définitive, les femmes les mieux intégrées socialement présentent un risque de suicide « au moins trois fois plus faible » sur la période de leur vie considérée (entre 46 et 71 ans, pendant 0 à 18 ans, donc entre 46 et 89 ans). Les auteurs insistent donc sur l’intérêt des interventions visant à préserver ou à renforcer les liens sociaux déjà en place, ou à en créer de nouveaux, car ces interventions peuvent constituer « des outils précieux pour la politique de prévention primaire du suicide » dans cette population.
Dr Alain Cohen
Référence
Association Between Social Integration and Suicide Among Women in the United States.

1Center for Global Health, Massachusetts General Hospital, Boston2Harvard Center for Population and Development Studies, Cambridge, Massachusetts3Mbarara University of Science and Technology, Mbarara, Uganda.
2Department of Social and Preventive Medicine, Université Laval, Québec City, Québec, Canada5Population Health and Optimal Health Practices Research Unit, Centre Hospitalier Universitaire de Québec Research Centre, Québec City, Québec, Canada6Department of.
3Department of Social and Behavioral Sciences, Harvard T. H. Chan School of Public Health, Boston, Massachusetts8Channing Division of Network Medicine, Department of Medicine, Brigham and Women's Hospital, Boston, Massachusetts.

Abstract

IMPORTANCE: Suicide is one of the top 10 leading causes of mortality among middle-aged women. Most work in the field emphasizes the psychiatric, psychological, or biological determinants of suicide.
OBJECTIVE:To estimate the association between social integration and suicide.
DESIGN, SETTING, AND PARTICIPANTS: We used data from the Nurses' Health Study, an ongoing nationwide prospective cohort study of nurses in the United States. Beginning in 1992, a population-based sample of 72 607 nurses 46 to 71 years of age were surveyed about their social relationships. The vital status of study participants was ascertained through June 1, 2010.
EXPOSURES:Social integration was measured with a 7-item index that included marital status, social network size, frequency of contact with social ties, and participation in religious or other social groups.
MAIN OUTCOMES AND MEASURES: The primary outcome of interest was suicide, defined as deaths classified using the codes E950 to E959 from the International Classification of Diseases, Eighth Revision.
RESULTS: During more than 1.2 million person-years of follow-up (1992-2010), there were 43 suicide events. The incidence of suicide decreased with increasing social integration. In a multivariable Cox proportional hazards regression model, the relative hazard of suicide was lowest among participants in the highest category of social integration (adjusted hazard ratio, 0.23 [95% CI, 0.09-0.58]) and second-highest category of social integration (adjusted hazard ratio, 0.26 [95% CI, 0.09-0.74]). Increasing or consistently high levels of social integration were associated with a lower risk of suicide. These findings were robust to sensitivity analyses that accounted for poor mental health and serious physical illness.
CONCLUSIONS AND RELEVANCE:  Women who were socially well integrated had a more than 3-fold lower risk for suicide over 18 years of follow-up.

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