lundi 7 septembre 2015

TRIBUNE POINT DE VUE/ DEBAT La parole aux acteurs de terrain "Le suicide boiteux"



La parole aux acteurs de terrain...

Le suicide boiteux

de Christophe Gerbaud, Psychosociologue.
(Qu'infosuicide.org remercie pour sa réflexion et partage.
N’hésitez pas à réagir )
7/09/2015

Face au handicap (invisible), comment ne pas se tuer à petits feux ?
Toutes les données sociologiques convergent. Les personnes handicapées ne travaillent statistiquement pas. Ou, si elles travaillent, cela procède soit d'emplois sous-qualifiés (ouvriers, petits employés voire dans le meilleur des cas agent de maîtrise) soit, dans certains cas, largement minoritaires (- d'1 / 100 de la population handicapés française) qui s'affirme professionnellement à travers son handicap via une dynamique "d'empowerment" (c'est-à-dire : de prise de pouvoir sur une "dite" vulnérabilité, ou incapacité). Comment tenir face à un tel constat, ne pas se suicider ? L'indifférence d'un monde capitalisé, l'industrialisation des êtres, les divers refus ( d'emplois, de vie amoureuse, affective ou sexuelle), de ressentis négatifs, par une population "normopathe" qui sur les réseaux sociaux impose sa "vie heureuse", "glamour", "bien-pensante" etc.). L'imposition d'un modèle "straight" auquel la personne handicapée qui cherche à s'intégrer aux normes sociales en vigueur aspire presque systématiquement vers une vraie tension névrotique (entre les impératifs formels d'apparence contemporaine et la subjectivité qui "hurle" son "désespoir"). Le désespoir, en vient de proche en proche à être le seul pan citoyen sur lequel il soit possible de se raccrocher. Ce désespoir est consubstantiel de l'angoisse. Le constat social est patent. Par devers la subjectivité, ce sont toujours les apparences qui "gagnent la mise" - parfois l'esprit vient alimenter le corps mais en dernier lieu c'est toujours le corps qui a raison. Digérer son handicap est toujours difficile. Le handicap (invisible, dans certains cas) porte certains sujets à masquer leur situation aporétique (sans issue) par des images de vie par procuration (enfants à éduquer, vacances à l'étranger, voyages professionnels, situations accomplissantes "tout confort" - etc.). Si tout le monde porte un handicap, sans le savoir, le problème reste néanmoins d'en avoir conscience. Or, la connaissance de l'unicité psychique et de l'impasse sociale ne peut émerger dans les consciences que la réalité reste absconde, sombre et trop lourde à porter. On ne peut jamais maîtriser intégralement la réalité. La seule lucidité induit le suicide. Et ce dernier n'est pourtant pas une solution, cependant il demeure un devenir de liberté, toujours possible - en devenir.

Lorsque l'on n'a aucune conviction politique (déçue) qui nous habite, nous n'avons aucune raison d'être désespérés. L'espoir est contraire à la résignation disait Camus. La jeunesse de nos jours (celle qui va de 1975 à 1980, la mienne) a grandi sans convictions politiques. Face aux handicaps, aux accidents, à la mort, nous sommes tous aveugles. Et l'angoisse de la mort est sublimée à travers l'engagement politique. Le chemin va se terminer et vite. Mais je souhaite conserver la lutte contre tous rapports de pouvoirs.
L'horizon psychique de la personne handicapée-dépressive est vide. Toute indifférence vis-à-vis du sujet offusque, est insupportable à la fois pour des raisons affectives (traumas de l'enfance par exemple) sociales (déclassement ou sentiment de non reconnaissance) et évidement biologiques dans la mesure où les sens sont nettement moins en éveil par rapport à un état enthousiaste, lyrique ou hystérique. Dans quelle mesure la dépression tient aux structures sociales, au mal-être du sujet individuel ? La compréhension de cette dernière tient toujours aux diverses grilles d'analyse (institutionnelle, cognitive, biologique, psychanalytique etc.) Si la dépression reste une énigme, beaucoup de situations dépressives restent aussi une zone obscure du savoir, non comprises par l'environnement extérieur à la manière du suicide, qui, la plus part du temps n'est pas entendu.
Encore faudrait-il étudier les différents sens de la dépression face au handicap et sa conséquence : le suicide. Cela mériterait une histoire ... Même la frustration doit faire rire, il faut savoir la dépasser ; comme la mort, elle fait de l'humour noir.

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