mardi 21 juillet 2015

PRESSE "En Grèce, les appels à l’aide auprès de SOS-Suicide sont en baisse"

En Grèce, les appels à l’aide auprès de SOS-Suicide sont en baisse

Au standard de SOS-Suicide, à Athènes, le nombre d’appels a chuté de 40 % depuis quinze jours, au moment même où le système bancaire grec s’effondrait et où l’Europe paraissait la plus intransigeante à l’égard du pays. L’inverse de ce que la communauté scientifique observe dans le pays depuis cinq ans.

Car, en Grèce, cela fait un moment que les statistiques du suicide se sont mises à faire de la politique. D’un coup, en 2010, au début de la crise, dans une société plutôt épargnée jusqu’alors, avec un taux de suicide dix fois moindre qu’en France ou en Allemagne, la hausse a été brutale, devenant l’une des plus spectaculaires d’Europe.
C’est un pharmacien à la retraite qui a bouleversé l’opinion, un matin d’avril 2013. Devant la station de métro la plus fréquentée d’Athènes, Syntagma, il s’est braqué une arme sur la tempe. « Je préfère finir ma vie dignement que manger dans les poubelles », disait sa lettre. Le gouvernement venait d’annoncer une baisse des pensions.

Premiers frappés : les hommes

« Dans notre culture, le seul suicide à paraître glorieux – et pas une disgrâce – reste celui d’un combattant qui se voit perdu face à l’ennemi », reprend George Nikolaidis, psychiatre à l’Institut de l’enfant. « Seule la guerre de 1940 a eu un impact comparable à la situation que nous vivons, tant en termes économique que de santé mentale. Alors, pour être honnête, je dirais que, oui, nous vivons une guerre. »
Premiers frappés : les hommes dans la force de l’âge, de 35 à 55 ans. « Jusque-là, ils vivaient dans le 22e pays le plus riche du monde, glorieusement entré dans la zone euro en 2001, explique le psychologue Aris Violatzis, responsable de SOS-Suicide à l’association Klimaka. Soudain, ils n’arrivent plus à faire vivre une famille dont ils sont censés être les protecteurs. »
Deuxièmes victimes, les enfants. A ses consultations, le psychiatre Menelaos Theodoroulakis a vu affluer des gamins qui culpabilisent d’être devenus « un poids trop lourd [pour leurs parents] ». Ces petits désespérés sont ceux qui, à l’avenir, poseront « le problème le plus dramatique », note le docteur Theodoroulakis.

Apaisement collectif

Il y a deux semaines, à l’annonce de la fermeture des banques, les urgences des hôpitaux ont été envahies : crises de panique, dépressions… Puis, cela s’est calmé. « Les gens s’habituent », constate Dimitri Ploumpidis, professeur de psychiatrie à l’université d’Athènes, s’appuyant, lui aussi, sur les données de la seconde guerre mondiale. « Aucune violence n’a d’ailleurs été signalée dans les files d’attente devant les distributeurs, les gens discutent même gentiment. »
L’organisation surprise du référendum semble avoir joué un rôle d’apaisement collectif. « Inconsciemment, il a donné de l’espoir », continue Dimitri Ploumpidis. Il a aussi permis de « laisser sortir la vapeur de la Cocotte-Minute grecque : ceux qui le voulaient ont pu dire non, alors qu’ils avaient l’impression d’avoir perdu le contrôle depuis des années », complète un autre responsable à SOS-Suicide.
Mais, reprend le psychiatre George Nikolaidis, « lorsqu’un espoir est déçu, les choses sont mentalement pires que si rien ne s’était passé. A terme, nous pourrions nous retrouver dans une situation que nous ne pouvons même pas imaginer ».

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