samedi 6 juin 2015

Charente: des "sentinelles" contre le suicide [vidéo]



Charente: des "sentinelles" contre le suicide [vidéo]

La Charente limousine est un secteur très touché par le suicide. Expérience unique, un réseau de sentinelles est en train de voir le jour. Toutes formées pour détecter les personnes en souffrance.
La réunion de jeudi a permis à une vingtaine de sentinelles formées à la prévention du suicide de revenir sur leurs expériences et évoquer leurs attentes.
La réunion de jeudi a permis à une vingtaine de sentinelles formées à la prévention du suicide de revenir sur leurs expériences et évoquer leurs attentes.. PHOTO/Photo Majid Bouzzit
Elles sont vingt dans l’amphithéâtre de la communauté de communes du Confolentais. Les «sentinelles» formées à la prévention du suicide par Patrick Rivière. L’infirmier psychiatrique est missionné depuis dix ans en Charente pour ça. Jeudi, avec elles, il a posé les bases du premier réseau de sentinelles. Une démarche unique en France pour l’instant.«J’ai fait la formation avec Patrick il y a cinq ans», raconte Gaëlle Lefrère, assistante sociale responsable de la Maison départementale de la solidarité en Nord-Charente. «Le frère d’une de mes collègues a mis fin à ses jours récemment. Elle est venue me voir en me demandant: ‘‘Qu’est-ce qu’on peut faire?’’.» Elle a repris contact avec son formateur.
Tous les deux ont conclu qu’il fallait structurer un réseau autour des 147 personnes formées ces dix dernières années en Charente limousine, un secteur très sensible. «Ce réseau, on veut le construire avec les sentinelles, en fonction de leurs attentes.» Et ils pourraient dupliquer le dispositif dans le Cognaçais. Cette étape n’en est qu’au stade de la réflexion.
Sortir de l’isolement
Jeudi, chacune des 20 sentinelles du Confolentais qui ont répondu à l’invitation a pu s’exprimer. Certaines pour la première fois depuis leur formation. «Moi je travaille dans un chantier d’insertion et je me sens assez isolée face à la détresse des gens», constate Natacha Gabriel.
L’accompagnatrice socioprofessionnelle interroge: «Que faire entre la détection d’une personne en crise suicidaire et sa prise en charge par le centre médico-psychologique?»
Marie-Claire Michel, secrétaire à la Maison départementale des solidarités à Chasseneuil, le reconnaît, malgré sa formation, elle n’ose pas. «Il est difficile de poser la question sur les intentions suicidaires de quelqu’un lorsqu’on a la personne au téléphone.»
Un autre se demande pourquoi les pompiers ou les gendarmes, ou même les gens de Pôle emploi ne sont pas aussi des «sentinelles». Peut-on appeler directement le centre de crise? Avec qui débriefer après avoir aidé quelqu’un? Les questions ne manquent pas. Les attentes sont fortes.
«Le réseau doit être un point d’appui et doit mettre à disposition des personnes ressource», analyse Arnaud Jodier, psychologue clinicien. Gaëlle Lefrère imagine aussi une cartographie des sentinelles: «On a envisagé de créer un groupe ressource, de mettre en place des fiches d’alerte.» Des idées à concrétiser, un prochain rendez-vous aura donc lieu après l’été.
Michel Fonteneau, retraité, ne devrait pas le rater. Secouriste depuis vingt-quatre ans, il en a «vu des gens au bord du gouffre». «Depuis que j’ai fait cette formation, j’ai pu aider quatre personnes.» Dont une, en juillet dernier. «Elle est devenue ma femme.»


 



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