mardi 24 mars 2015

Charente: le suicide au coeur du débat avec les ados


Charente: le suicide au coeur du débat avec les ados

Pour éviter ces drames, des infirmiers psychiatres interviennent cette semaine dans les lycées et collèges charentais.
Infographie CL
Infographie CL
S’ils ne représentent que 5 % des suicides, les adolescents sont très nombreux à tenter de mettre fin à leurs jours. Les apprentis sont les principaux touchés.
D’après une étude menée par le rectorat de Poitiers et Relais 17 en 2012 auprès d’adolescents de la région, 7 % déclarent avoir tenté de se suicider au cours de l’année. Et 15 %, au cours de leur vie. 6 % ont déclaré avoir eu des pensées suicidaires au cours de l’année.
Des chiffres alarmants qui ont poussé la région Poitou-Charentes, particulièrement touchée par les suicides en général - 20,8 pour 100.000 habitants contre 16,7 pour 100.000 habitants pour la moyenne française - à mettre en place une cellule de prévention des suicides chez les adolescents.
En Charente, elle est portée par l’infirmier psychiatre Patrick Rivière, du centre hospitalier Camille-Claudel. À l’occasion de la semaine nationale d’information sur la santé mentale, il interviendra tout au long de la semaine dans sept établissements scolaires, auprès de 500 jeunes, à commencer par les apprentis du Campus des métiers de Barbezieux.
Pour faire passer le message en douceur, l’intervention des professionnels de santé s’appuiera sur une pièce de théâtre écrite et jouée par seize étudiants de l’Institut de formation en soins infirmiers IFSI d’Angoulême. "Je leur ai donné un cadre de travail en trois actes et ce sont eux qui ont imaginé les saynètes", explique Patrick Rivière.
Chacune d’elles reprend une scène de vie d’un adolescent. Un jeune arrive fatigué au p’tit dej’, il est très agressif avec ses parents, part sans manger... Lors d’un cours de dessin, des élèves doivent faire leur autoportrait. L’un d’entre eux dessine quelque chose de très sombre, avec des larmes de sang. Un ado en soirée, qui ne semble prendre aucun plaisir et s’isole avec un verre.
"Détecter cette détresse"
"Autant de comportements qui peuvent être le signe d’un profond mal-être psychique. En intervenant devant des classes, on s’adresse aux adolescents fragiles mais aussi à ceux qui ne le sont pas. Car il n’y a pas que les personnels encadrant qui peuvent être des sentinelles pour détecter cette détresse, les copains, les camarades, sont souvent les premiers au courant. Ils doivent savoir comment réagir", affirme Patrick Rivière.
Les actes deux et trois, chaque fois suivis de débats, sont consacrés à la présentation des structures existantes: le Mikado pour les adolescents, le Lieu-Dit pour les plus de 16 ans, l’unité d’accueil d’orientation et centre de crise (UAOCC) pour les urgences, et à la dédramatisation des professionnels de santé.
"Les adolescents ont souvent de faux a priori sur les psychologues, les psychiatres, décrit Patrick Rivière. Ils les imaginent comme dans les films, ne disant rien, alors que le patient parle, allongé sur un divan. Ils les associent à la maladie, à la folie et cela les empêche de venir consulter, même s’ils en ont besoin." Or, si 90 % des jeunes passent l’adolescence sans encombre, environ 10 % auraient besoin d’une aide extérieure.
Ils sont encore trop nombreux à se sentir dans une impasse. Un suicidant sur deux récidive dans les mois suivants, et 15 % d’entre eux finissent par se tuer sans avoir vraiment voulu le faire.
"Quand on les reçoit en consultation, ils nous disent: je ne voulais pas mourir, je voulais tuer ma souffrance, rapporte le professionnel. Il faut les détecter et les aider avant qu’il ne soit trop tard."
Structures d’accueil. Lieu-Dit: 05 45 38 49 49. Mikado: 05 45 67 06 02. UACOCC (urgence) : 05 45 67 58 00.

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