jeudi 9 octobre 2014

“Rien ne s’oppose à la nuit”, un roman radiophonique

“Rien ne s’oppose à la nuit”, et le roman devint radiophonique
Radio | France Culture a su trouver le ton juste pour adapter le douloureux roman de Delphine de Vigan paru en 2011. Un feuilleton radio qui ne laisse pas indifférent…
Delphine Le Vigan
Delphine Le Vigan - ANDERSEN ULF/GAMMA/Eyedea Presse
« Ma mère était bleue, d'un bleu pâle mêlé de cendres, […] lorsque je l'ai trouvée chez elle, ce matin de janvier. » Après le suicide de cette dernière, Delphine de Vigan entame un voyage intérieur et temporel, dont elle tirera Rien ne s'oppose à la nuit (paru en 2011 aux éditions JC Lattès).
Ce formidable et douloureux roman est adapté en feuilleton par France Culture. Chaque jour pendant une demie-heure, on suit un difficile cheminement familial, trouble et troublant. « Comme des dizaines d'auteurs avant moi, j'ai essayé d'écrire ma mère », confie la narratrice. Petit à petit, le personnage de Lucile prend corps : une fillette grandie au milieu d'une nombreuse marmaille, en manque d'attention de sa propre mère ; hantée par la mort accidentelle d'un frère ; contrainte par l'arrivée d'un garçon « martyrisé », « une pièce de puzzle qu'on faisait entrer de force » dans la fratrie ; perturbée par la naissance d'un bébé mongolien ; très probablement violée par son père…
Quand elle sera mère à son tour, elle entamera une lente dérive vers la folie. « Lucile ne travaillait pas, s'occupait de ses deux filles. […] Pour elle, ce furent des temps de grande solitude – elle l'a souvent dit –, qui ont contribué à la destruction de sa personne – c'est moi qui l'écris. » Avec profondeur, Delphine de Vigan met en scène son propre travail d'écrivain. La façon dont elle contacte les membres de sa famille pour obtenir des informations, ses difficultés, ses doutes. « Ai-je le droit d'écrire que Georges a été un père nocif, destructeur et humiliant, qu'il a hissé ses enfants aux nues, les a encouragés, encensés, adulés et, dans le même temps, anéantis ? Que Liane [la mère de Lucile, ndlr] n'a jamais su ou pu faire contrepoids ? Je ne sais pas. »
La force de cette adaptation radiophonique de Louise Loubrieu, c'est qu'elle respecte scrupuleusement la finesse du roman, ne cherchant jamais à simplifier cet entremêlement de traumas, de sentiments. Dirigés par Juliette Heymann, les comédiens trouvent le ton juste. Johanna Nizard compose une narratrice subtile, à la voix légèrement détimbrée, à la fois attristée et apaisée. Luce Mouchel incarne une Lucile révoltante et poignante, incapable de prendre Delphine dans ses bras. Terriblement loin de la « bourgeoise d'intérieur […] qui ne se défonce pas tous les soirs » dont rêve sa fille.
Même dans les scènes les plus inquiétantes, explosives, destructrices (Lucile se croit télépathe, blesse l'un de ses enfants), elle convainc sans sombrer dans l'excès. L'accompagnement sonore – une musique originale de Denis Chouillet et les bruitages de Sophie Bissantz – reste sobre, n'envahit jamais. Permettant à l'émotion de s'insérer entre les mots, et de gagner inexorablement l'auditeur.
 
A écouter
Le feuilleton, du lundi 29 septembre au vendredi 10 octobre 2014 sur France Culture, à 20h30.
Adaptation de Louise Loubrieu, réalisation de Juliette Heymann. Avec Johanna Nizard, Elsa Lepoivre, Luce Mouchel, Suzanne Aubert…

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