lundi 5 mai 2014

RAPPORT CONSEIL D EUROPE Le taux de suicide dans les prisons françaises est l’un des plus élevés d’Europe

Le taux de suicide dans les prisons françaises est l’un des plus élevés d’Europe

Le Conseil de l’Europe a rendu public lundi 28 avril ses statistiques pénales de l’année 2012. La France s’y trouve particulièrement mal classée, notamment sur le terrain de la lutte contre le suicide.
29/4/14 - 15 H 25 http://www.la-croix.com/Actualite/France/Le-taux-de-suicide-dans-les-prisons-francaises-est-l-un-des-plus-eleves-d-Europe-2014-04-29-1143228





Le suicide en prison est encore loin d’être endigué en France. Pour preuve, sur les 47 pays membres du Conseil de l’Europe, l’Hexagone occupe le 41e rang. Le taux de suicide des détenus s’élève en effet chez nous à 15,6 pour 10 000 détenus, contre 7,7 en moyenne dans le reste de l’Europe. Que le suicide guette particulièrement les détenus est bien connu en France (on recense un décès tous les trois jours en détention). On ignorait en revanche jusque-là que nos voisins européens parvenaient à mieux endiguer le phénomène. Un simple exemple : les suicides en détention sont plus de dix fois moins nombreux en Espagne que chez nous.
Consciente de cette triste spécificité française, l’administration pénitentiaire se mobilise ces dernières années. Le personnel est désormais formé à la détection de crise suicidaire. « Nous avons mis en place une grille d’évaluation visant à détecter d’éventuels risques chez chaque nouvel arrivant », précise Véronique Pajanacci, membre de la mission de lutte contre le suicide en milieu carcéral. De façon plus pragmatique, les nouveaux établissements ont été repensés en vue de limiter au maximum le passage à l’acte. Ainsi, les téléviseurs ne sont plus accrochés à une potence.

De nombreux condamnés avec des pathologies psychiques
Surtout, un dispositif baptisé « détenu de soutien » a vu le jour en 2010. Ce procédé, qui s’inspire de ce qui se fait en Espagne, amène les détenus qui le souhaitent à épauler leurs codétenus dépressifs. « On s’est en effet rendu compte que certains détenus refusent de dialoguer avec les surveillants ou les psychologues mais se confient volontiers à d’autres détenus », précise Véronique Pajanacci. Ces codétenus de soutien sont spécifiquement formés à cela. Et depuis, la direction de l’Administration pénitentiaire constate un mieux. En 2013, 97 détenus se sont suicidés alors que la moyenne, ces dernières années, tourait autour de 110 à 120 suicides par an.
Une légère inflexion qui n’empêche toutefois pas la France de se classer si mal au niveau européen. Les chiffres publiés mercredi 30 avril par le Conseil de l’Europe fournissent une partie de l’explication : la surpopulation carcérale en France se révèle sensiblement plus élevée que dans les pays voisins. On compte ainsi 117 détenus pour 100 places dans l’Hexagone alors que l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Espagne, l’Angleterre ou la Suède comptent désormais… plus de places que de détenus.
Une autre spécificité française est la part des condamnés présentant des pathologies psychiques – souvent corrélées aux pulsions suicidaires – plus élevée qu’ailleurs. On évalue en effet entre 20 et 30 % le pourcentage de détenus souffrant de troubles psychotiques (schizophrénie, psychose, paranoïa, bouffées délirantes aiguës, etc.) dans les prisons françaises.
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La population carcérale française en hausse
En France, la population carcérale a augmenté de 5,2 % en 2012 par rapport à 2011. Elle a surtout cru de 26 % par rapport à 2003. Ces dix dernières années, certains de nos voisins européens ont au contraire connu un phénomène inverse. L’Allemagne, l’Angleterre, la Finlande, la Suède, les Pays-Bas ou le Portugal ont vu le nombre de leurs détenus diminuer.
MARIE BOËTON

info +
Voir conférence de presse du conseil d'Europe 
http://hub.coe.int/fr/web/coe-portal/press/pressreleases
le rapport SPACE I 2012 Report
Executive Summary 2012 (Eng)
Résumé 2012 (Fr)

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