jeudi 6 mars 2014

SUISSE Suicide assisté sans maladie - Débat

Suicide assisté sans maladie - Débat
Plus d’un quart de ceux qui ont obtenu une aide au suicide avec Exit sont des «fatigués de la vie». Mais l’association réfute l’étude disant que ce sont des gens fragiles.
Par Renaud Michiels. Mis à jour le 01.03.2014 http://www.lematin.ch/suisse/Suicide-assiste-sans-maladie/story/28311194
Un nouveau cas troublant créant la polémique hors de nos frontières. Et une étude semant le doute en Suisse. La semaine dernière, l’Italie s’enflammait pour une femme qui aurait obtenu un suicide assisté à Bâle par coquetterie (lire l’encadré). Et une recherche révélait que pour 200 des 1300 cas recensés entre 2003 et 2008 – pour les personnes résidant en Suisse – l’acte de décès ne contenait aucune trace de maladie mortelle.
Davantage de cas
Les «fatigués de la vie» ont-ils trop facilement accès à l’aide au suicide? Se multiplient-ils? Non, nous ne faisons pas n’importe quoi. Mais oui, ceux qui n’ont pas de pathologie fatale sont toujours plus à décider de s’en aller, répond le Dr Sobel, président d’Exit Suisse romande.
Menée par l’Université de Berne et financée par le Fonds national suisse, la recherche révélait le flou autour des motifs donnant accès aux suicides assistés. «Aucune cause sous-jacente de la mort n’est indiquée dans 16% des certificats de décès. Et ce, bien que seules les personnes qui sont atteintes d’une maladie incurable, endurent des souffrances intolérables ou une invalidité sévère sont admissibles pour l’assistance au suicide», pouvait-on lire. «Idéalement, ces 16%, soit quelque 200 cas, ne devraient pas exister. Or il y a trop d’actes de décès lacunaires, sur lesquels on ne sait rien ou presque de l’histoire médicale des personnes», commente l’un des auteurs, le Pr Marcel Zwahlen, de l’Institut de médecine sociale et préventive de l’Université de Berne.
Pire: selon cette recherche, les personnes «vulnérables» – ceux qui vivent seuls, les divorcés – sont surreprésentées parmi ceux qui ingèrent la potion mortelle. Où sont les motifs médicaux? «Notre étude ne conclut pas que les organisations accordent parfois trop facilement un suicide assisté, mais c’est clairement le débat qui devrait être mené», note le Pr Zwahlen.
Les fatigués de la vie seraient donc souvent vulnérables? Cette suspicion agace Jérôme Sobel. «C’est exactement l’inverse! Ceux qui font appel à nous sont au contraire solides. Pour convoquer sa mort, il faut être très construit, émotionnellement, philosophiquement, spirituellement. Les fragiles ne s’inscrivent pas à Exit.»
Accumulation de souffrances
Le Dr Sobel reconnaît par contre que de plus en de personnes ne souffrant d’aucune maladie mortelle décident d’en finir. «L’an dernier, nous avons eu 42 cas sur 155 suicides assistés, soit un gros quart. Et cette proportion est en augmentation», révèle-t-il. Pour Exit, ceux-là sont regroupés sous le terme «polypathologies invalidantes liées à l’âge». «Ce sont des personnes âgées présentant des pathologies qui empirent et entraînent des souffrances qui s’accumulent. Ils ne voient ou n’entendent presque plus, ont des arthroses avec douleurs chroniques, de l’incontinence, ne peuvent plus se laver ou se déplacer, etc. Et leur état ne peut que se dégrader. Ces fatigués de la vie ont de bonnes raisons de l’être.» Ces personnes partent en moyenne à 84 ans, ajoute-t-il, contre 72 ans pour ceux atteints d’un cancer en phase terminale. Mais pour le Dr Sobel, si les fatigués de la vie augmentent, «c’est simplement lié au vieillissement de la population et surtout au vieillissement de nos membres: un tiers ont plus de 75 ans.»
Reste que pour les auteurs de l’étude, «l’Etat devrait regarder les choses de plus près». Car le droit suisse – qui n’exige que la pleine conscience de celui qui veut en finir et l’absence de motif égoïste de celui qui lui fournit le produit fatal – autoriserait trop de flou. «Nous recommandons la création d’un registre fédéral systématique et standardisé qui contiendrait toutes les données médicales liées aux suicides assistés. Ça permettrait d’y voir plus clair et de suivre ces pratiques», souligne le Pr Zwahlen.
«Je ne comprends pas ces suspicions, tous nos cas sont annoncés à la justice, la police vient et la demande du défunt est étayée par sa lettre manuscrite ou encore les rapports médicaux montrant sa souffrance. Mais nous sommes transparents, je n’ai donc rien contre un registre national», réagit Jérôme Sobel. Reste que sans volonté politique l’idée restera un vœu pieux. Or, en 2011, la Suisse a une nouvelle fois renoncé à clarifier les conditions d’accès à un suicide assisté. (Le Matin)


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références étude  citée
(*) Nicole Steck, Christoph Junker, Maud Maessen, Thomas Reisch, Marcel Zwahlen, and Matthias Egger for the Swiss National Cohort (2014). Suicide assisted by Right-to-Die Associations: Population based cohort study. International Journal of Epidemiology online. doi: 10.1093/ije/dyu010
http://ije.oxfordjournals.org/content/early/2014/02/17/ije.dyu010.short?rss=1

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