lundi 3 février 2014

These et mémoire : Schizophrénie, deuil et rapport à la mort

Schizophrénie, deuil et rapport à la mort

Avec l’étude de cas  d'Adam hospitalisé après le suicide de sa femme dans le cadre d'un mémoire de psychologie à travers l’expérience d'une ergothérapeute, LASCAUX Fabienne.

SOurce http://www.santementale.fr/exclusivites/theses-et-memoires/deuil-et-schizophrene.html


La boucle de la vie à l'épreuve de la schizophrénie, Fabienne Lascaux, Mémoire de psychologie, Université Louis-Lumière Lyon 2, Institut de psychologie, 2013.
« Mes travaux dans le cadre de ma formation en psychologie se centre sur mon expérience d’ergothérapeute à l’hôpital psychiatrique d’adulte. Travaillant dans les quartiers populaires parisiens, j’ai pu explorer les questions identitaires, psychopathologiques mais aussi anthropologiques à partir de thérapie auprès de patients migrants. Dans ce mémoire, je me rapproche davantage du noyau de ma pratique où se concentre mon quotidien avec des patients schizophrènes, dans le contexte de thérapie médiatisée.
Ces patients que j’accompagne, sont parfois confrontés à la perte d’un proche dans la réalité. Il n’est pas rare de constater dans les services, leur manque de réaction face à la mort d’autrui. Ils réagissent pas ou peu. Ou bien, nous n'avons pas repéré les bouleversements sous-jacents, qui n'apparaissent pas visiblement dans le comportement tel que nous les connaissons. Nous associons, alors, l’idée du processus de deuil, et en même temps, nous constatons un rapport à la mort différent. Mais quel est-il ? Qu’est-ce que c’est un processus de deuil pour une personne schizophrène qui perd un proche? Peut-on le repérer et l’accompagner ?
Le thème de ce dossier est donc le deuil chez le schizophrène. Si leur réaction est différente de ce qui nous est commun, les processus psychiques le sont, probablement, tout autant. Le manque d’identification et d’altérité nous est familier dans le contact avec les schizophrènes. Il doit être alors évident que la mort d’un autre, ne revêt pas les mêmes caractéristiques, quand cet autre, n’est pas tout à fait autre. Pour étudier le deuil chez le schizophrène, je suppose qu’il faille que la perte soit celle d’un proche dans le quotidien, afin que la perte soit effective au moins dans la réalité.
En l’espace de quelques mois, j’ai eu l’occasion de suivre, en ergothérapie, deux patients schizophrènes qui venaient de perdre un proche : pour le premier, la perte de sa femme avec qui il vivait depuis vingt-six ans, pour la seconde, la perte de sa mère, qu’elle n’avait pas vraiment encore quitté. Par conséquent, cette interrogation est devenue plus actuelle et a nourrit mon accompagnement ergothérapique. Au point de départ de cette recherche, je me demande donc : À la perte d’un proche, la personne schizophrène entre-telle dans un processus de deuil ? Si oui, quels repères pour l’évaluer ? Au cours de ces suivis, il m’a semblé que la question du deuil était présente, et en même temps, pas tout à fait. Le deuil tel qu’il est décrit ne permet pas de rendre compte de la position de ces patients. L’observation clinique ne peut donc pas se suffire de ce concept. Cependant, elle m’a permis de mettre en évidence des processus non étranger à la perte de ce proche. C’est dans l’expérience de ces deux suivis, que je décide d’investiguer davantage cette question du deuil chez le schizophrène, en étudiant le vécu de la mort d’un proche
pour le schizophrène.

Ces patients ont utilisés le dessin et la peinture dans cet espace d’ergothérapie. Je propose une approche par médiation picturale et graphique comme observation des contenus psychiques projetés sur la matière dans la relation transférentielle ergothérapique. Dans un premier temps conceptuel, je prends connaissance du deuil et de son processus, mais aussi du rapport à la mort. Je choisis de l’étudier sous l’angle de la perte et de la séparation psychique, que je réintroduis ensuite pour présenter la schizophrénie comme structure psychique. Je tente alors des liens théoriques entre la schizophrénie et le deuil, afin de mettre en évidence ce qui les disjoint. Cette première partie me permet alors de préciser la problématique de cette recherche et deux hypothèses, qui s’inscrivent dans le contexte de la thérapie avec médiation. Suite à l’explicitation de mon cadre institutionnel et théorique, quant à ma pratique, je vous présente Adam et Agathe, pour qui la perte a été au travail dans leur ergothérapie. Une dernière partie reviendra sur les hypothèses tout en mettant l’accent sur ce qu’apporte l’élaboration clinique de ces deux situations. Je tente à la fin de ce travail une hypothèse sur une modélisation du travail du deuil chez le schizophrène en comparaison avec le travail du deuil normal. Cette proposition vise davantage à ouvrir à la poursuite de cette recherche plutôt qu’à la conclure. »
Ci-contre : « Le jeu des lois » d'Adam, DR F. Lascaux

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