lundi 3 février 2014

POINT DE VUE ACTEUR SOCIAL, PHILOSOPHIE



Ainsi va le monde n° 232 - S comme... suicide
02 février 2014 |  Par Didier Martz sur

Bienvenue à toutes et à tous
 S comme... Suicide. Formé du latin caedere « frapper, abattre, tuer » et de sui, de soi, suicide signifie destruction de soi. Au-delà de l'étymologie légère, c'est un drame familial et un drame national. Il fait l'objet cette semaine d'une action nationale pour sa prévention. Il a aussi fait l'objet d'un essai, « La lumière noire du suicide », sorti aux Editions ERES que nous avons écrit Hélène Genet, essayiste et poète, et moi-même, philosophe pratiquant.
 J'ai longtemps hésité à vous parler de ce livre car un ami, avec qui je partageais quelques notes de musique, se réjouissait de voir sa fille remonter à la surface de la vie. Quelques temps après, elle s'abîmait définitivement. Il me semblait alors qu'après cette catastrophe rien ne pouvait se dire. Pourtant, il est impératif d'en parler, de l'écrire, de prendre ce drame, à bras-l'esprit.
 Chaque suicide est toujours à déchiffrer ; non une façon de mourir parmi d’autres,mais un choix, un acte volontaire, violent et sidérant pour l’entourage. Le sens d’une existence s’en trouve entièrement retourné. D’essence subversive, son but ultime n’est-il pas de nous interpeller, de faire vaciller les croyances et de remettre en jeu nos certitudes ?
Dans un contexte social où s’enregistrent un nombre toujours croissant de suicides, en particulier dans les organisations (entreprises ou institutions), et où se constitue un débat politique et « éthique » sur le « suicide assisté », nous avons voulu remettre au travail les lancinantes questions de la responsabilité, de la signification et du libre choix. Cet « essai » au sens où Montaigne l’entendait, comme libre exercice de la réflexion, ne prétend nullement trancher les débats : pour ou contre le suicide, est-il lâche ou courageux, dernière manifestation d’une liberté inaliénable ou acte insensé, fléau social ?... Pour nous, il s’agissait de mettre la pensée à l’épreuve de cette question pour tenter de lutter contre les préjugés toujours tenaces et dangereux, sans doute aussi pour apprivoiser cette mort toujours possible, que nous le voulions ou non.
 Ce qui est certain : le suicide, toujours, dérange. Il déstabilise l’entourage qui y est confronté, la société qui l’enregistre, la conscience humaine qui affronte cette possibilité. Pourquoi ? parce qu’il est profondément subversif, parce que son essence même est la négation, l’effraction, la transgression. Il nous est toujours violemment jeté à la figure. S’il est moins tabou aujourd’hui, on tente inlassablement de circonscrire le « phénomène », de le décrire, d’en réduire la signification, de lui trouver des explications et si possible des déterminations.
Nous pensons au contraire que le suicide est cet acte extrême et radical qui justement ruine toute interprétation théorique, il figure peut-être la limite, toujours violemment rappelée, de notre capacité à comprendre. Certes, il s'agit là encore de la mort et de notre impossibilité à la penser. Mais il y a plus dans le suicide : c'est un acte par lequel l'homme « se donne la mort ». C'est ce don si particulier de soi à soi qui échappe, avec la mort, à toute prise, à toute tentative scientifique, morale ou philosophique de le réduire. Nous posons pourtant qu'il est essentiel à l'existence humaine. Ainsi va le monde.
 Didier Martz, le 2 février 2014
Philosophe pratiquant

La lumière noire du suicide - Hélène Genet, Didier Martz – Editions érès
Dépendance quand tu nous tiens - Martz, BIllé, Bonicel - Editions ERES
La tyrannie du BienVieillir - Didier Martz, Michel Billé - Le bord de l'eau

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