jeudi 30 janvier 2014

UN AUTRE REGARD.... "Hip-Hop, un air de psy"

Hip-Hop, un air de psy

Publié le 28/01/2014

Sur http://www.jim.fr/medecin/actualites/medicale/e-docs/hip_hop_un_air_de_psy_143368/document_actu_med.phtml

Alors que l’un des succès de l’année 2013 fut précisément une chanson de « rap rock » (The Monster, Le Monstre) [1] où Rihanna incarnait une psychiatre et Eminem un patient, The British Journal of Psychiatry propose une nouvelle rubrique originale, Psychiatry in music (La psychiatrie en musique), consacrée en l’occurrence au hip-hop et au rap.
Marquant davantage les oreilles des Américains, ces courants musicaux essaiment cependant sur toute la planète, depuis leur développement à partir des années 1970-1980, d’abord au sein des « ghettos noirs et latinos » de New York, associés d’ailleurs à d’autres phénomènes culturels comme certaines modes de danse acrobatique (breakdance, smurf, funky chicken...) ou de graffiti urbains (tags), et bien sûr d’un certain code vestimentaire, contesté parfois, comme dans ce titre du groupe marseillais (au nom explicite !) Psy 4 de la Rime, intitulé No dress code [2]).
Le lien principal entre le rap et la santé mentale réside dans la promotion (voire la revendication) d’une marginalité prétendument choisie, même si, dans la réalité, elle est le plus souvent subie, sur fond de crise économique et de chômage. Certains titres de rap parlent ainsi ouvertement de « comportement nuisible, autodestructeur » où la drogue (en particulier dans le gangsta rap[3]) et l’abus d’alcool sont des préoccupations fréquentes.
Autre dimension souvent explicite : le sexe, présenté parfois sous forme de « bravade machiste. » Mais la « vulnérabilité mentale » du rappeur peut transparaître, avec notamment des « pensées suicidaires » : l’auteur cite l’exemple du morceau Moment of Truth [4] (Instant de Vérité) du duo hip-hop Gang Starr où le sujet touche le fond, « atteint son nadir » et songe au suicide, mais en s’efforçant de « surmonter les pensées d’autodestruction. » Dans un autre exemple, Do it ! (Fais-le !) de l’album Boy in Da Corner [5] (Le Garçon dans un coin) du rappeur britannique Dizzee Rascal, il s’agirait même d’un titre inspiré par « la propre dépression du chanteur » où il explique « se réveiller certains jours en souhaitant pouvoir dormir pour de bon » et penser « mettre fin à ses jours » s’il avait « le courage de le faire. » Néanmoins, il ne faudrait pas voir là une figure apologétique du suicide. Au contraire, précise l’auteur, « le suicide n’est pas un acte de lâcheté dans le rap », mais plutôt proche de « l’idéal gréco-romain d’une mort honorable et exigeant du courage. »
Surtout, ce courant musical « encourage les auditeurs à trouver leurs propres ressources pour surmonter les difficultés mentales. » Car un message du rap consiste à rappeler qu’il peut « être normal de se sentir déprimé », et que le reconnaître « n’est pas nécessairement un aveu de faiblesse », mais au contraire le premier pas vers une demande d’aide. De sa place modeste (mais parfois décisive, comme dans la chanson d’Indeep, Last night a D.J. saved my life [6], La nuit dernière, un disc-jockey m’a sauvé la vie), la musique peut contribuer à ce soutien.

[1] http://www.youtube.com/watch?v=EHkozMIXZ8w
[2] http://www.youtube.com/watch?v=lnLoMGMtGdE. Rappelons que le rappeur français Soprano (membre du groupe Psy 4 de la Rime) est influencé par l’univers « psy », puisqu’il a intitulé sa première mixtape Psychanalyse avant l’album (2006).
[3] http://fr.wikipedia.org/wiki/Gangsta_rap
[4] http://www.youtube.com/watch?v=lH3hrtp1T84
[5] http://www.youtube.com/watch?v=eBtKk1LoRxY
[6] http://www.dailymotion.com/video/x1ivcm_indeep-last-night-a-dj-saved-my-lif_music

Dr Alain Cohen
Références
Reilly TJ : Hip-hop and psychiatry: a fair rap? Br J Psychiatry 2013; 203: 408.

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