vendredi 10 janvier 2014

Nord - Pas-de-Calais "Des nouvelles parades contre le suicide..."

Des nouvelles parades contre le suicide, un fléau dans le Nord - Pas-de-Calais
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À Arras, un centre d’accueil et de crise (il y en a six dans la région) pour accueillir autrement ceux qui ont fait une tentative de suicide, alors qu’à Roubaix, on s’efforce de repérer ceux qui échappaient jusqu’alors à tout suivi.
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À Arras, un centre d’accueil et de crise (il y en a six dans la région) pour accueillir autrement ceux qui ont fait une tentative de suicide, alors qu’à Roubaix, on s’efforce de repérer ceux qui échappaient jusqu’alors à tout suivi.

Le suicide est un fléau. Dans ce domaine, le Nord - Pas-de-Calais n’est évidemment pas épargné, loin de là. Ce qui ne l’empêche pas d’innover pour prévenir les drames. Avec un certain succès, même si la crise complique les choses.
Si la région doit faire face à un taux de suicides élevé – cinq décès tous les deux jours –, les professionnels de santé ne restent pas sans rien faire. Au contraire, les initiatives se multiplient pour tenter d’enrayer le phénomène. À commencer, comme à Arras, par un centre d’accueil et de crise (il y en a six dans la région) qui ouvre de nouvelles voies dans le traitement des crises. « C’est une unité un peu à part du centre hospitalier, explique Gérard Guérin, cadre supérieur de santé. Pas stigmatisante, étiquetante, traumatisante… Une unité privilégiée. »

Des traitement hospitaliers spécialisés

Effectivement, avec ses huit lits d’hospitalisation, la clinique Aloïse-Corbaz propose, depuis deux ans, une « prise en charge très courte pour des patients présentant un épisode de crise psychique, psychiatrique, psychologique qui va nécessiter une distanciation avec le milieu naturel ». Un « sas intermédiaire », confirme le docteur Stéphane Weill, pour des troubles « très aigus et transitoires ». Une prise en charge au final plus adaptée, sur un temps court – deux-trois jours – avant un retour à domicile pour 80 % des patients. Un temps suffisant pour comprendre les raisons d’une tentative de suicide « même si cela ne règle pas tous les problèmes ». Il reste d’ailleurs pour certains d’entre eux la possibilité de se faire suivre de manière assez classique (consultations spécialisées) ou parfois, quand cela le nécessite, un séjour en hôpital partenaire (clinique Ryonval à Sainte-Catherine par exemple).
Et le centre ? Si les patients peuvent appeler, le docteur Weill privilégie « une certaine liberté… Il faut qu’ils soient actifs dans le soin, impliqués dans une certaine démarche. » Sans compter le contact avec le médecin traitant, « un plus pour la prise en charge des suicides », plaide le docteur Laurence Soubelet, psychiatre chef de pôle santé mentale. Au final, elle a le sentiment de « dédramatiser un peu la prise en charge psy… et de toucher une population qui pouvait nous échapper… »

Des patients « oubliés »

Une volonté aussi à Roubaix où un dispositif (Sisyphe) permet de mieux suivre un tiers des personnes faisant une tentative de suicide. « Tout est parti d’une étude menée en 2009, explique le docteur Isabelle Milhavet, membre de l’équipe Sisyphe. Et on s’est aperçu qu’un tiers des personnes faisant une tentative de suicide à Roubaix n’avaient pas de suivi. » Aussi bien par une hospitalisation que par le contact avec un psy. Des gens qui avaient « un gros symptôme dépressif, sur fond de problèmes : divorce, deuil… » Désormais, avec Sisyphe, ces patients sont repérés et suivis. « Les urgences nous appellent quand ces malades sortent, poursuit Isabelle Milhavet. Des entretiens sont menés pendant une heure-une heure et demie, et on voit ce qu’on peut leur proposer. » Souvent, ils ont besoin « d’un soutien sur un temps court et intensif qui peut se traduire par deux entretiens par semaine pendant un mois ». Pour aider « chacun à trouver d’autres échappatoires que le suicide à sa souffrance ».
Et ça marche, d’autant que le contact, établi, est matérialisé, avec des échanges de numéros. Un mois de suivi – « la période la plus vulnérable » –, qui n’empêche pas un appel au cours des six mois suivants et même un an plus tard. Une organisation qui donne des résultats, avec 1 % de récidive seulement le premier mois, et moins de rechutes pendant l’année qui suit. De son côté, le dispositif voit son activité augmenter pour les neuf premiers mois de l’année de 20 %, « signe d’un meilleur repérage par les médecins ». « On aimerait même être plus sollicités par les médecins traitants », poursuit Isabelle Milhavet. De quoi ouvrir de belles perspectives à ce dispositif unique dans la région qui pourrait, pourquoi pas, essaimer, tant les besoins sont immenses.


BERNARD VIREL

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