jeudi 12 septembre 2013

SUISSE : En baisse, le taux de suicide reste alarmant

Après avoir été l’un des plus élevés du continent, le taux de suicide en Suisse a diminué au cours des deux dernières décennies pour se retrouver proche de la moyenne européenne. Confrontés le plus souvent à des problèmes psychiques, les candidats au suicide osent appeler à l’aide.
Entre 1991 et 2011, le taux de suicide en Suisse est passé de 20,7 pour 100.000 habitants à 11,2. Une période qui a également vu une augmentation spectaculaire de l'utilisation des antidépresseurs en Europe.

Une étude de la London School of Economics publiée cette année dans la revue en ligne PLOS ONE a révélé que l'utilisation d'antidépresseurs dans 29 pays européens a augmenté en moyenne de 20 % chaque année, entre les années 1995 et 2009.

Selon la sociologue Vladeta Ajdacic-Gross, de l'hôpital psychiatrique universitaire de Zurich, il y a un phénomène plus important derrière l'augmentation de la prescription des antidépresseurs : «Pour obtenir ces médicaments, le patient doit consulter un médecin. Ce n'est pas seulement le comportement de la communauté médicale qui a changé, mais le comportement des gens en général.»

Les gens ont appris à penser en termes psychologiques et à réaliser qu'il y a des raisons profondes à leurs problèmes. «Nous avons des arguments pour expliquer nos problèmes psychologiques et nous sommes plus disposés à en parler. Nous avons trouvé des expressions acceptables pour la dépression, comme l'épuisement, le burnout. C'est, à mon avis, le facteur le plus important influant sur le taux de suicide», assure la sociologue.

Les plus exposés

Anita Riecher-Rössler, des Cliniques psychiatriques universitaires de Bâle, a effectué des recherches approfondies sur les tentatives de suicide. Elle relève également que les gens souffrant de problèmes psychologiques et psychiatriques sont plus disposés aujourd'hui à demander de l'aide.

Toutefois, elle estime qu'il n'y a pas assez d’actions de prévention ciblées et souligne qu’avec 15.000 à 25.000 tentatives de suicide par an et 1300 décès, le suicide reste un problème majeur de santé publique en Suisse.

Une étude parue dans le Swiss Medical Weekly délivre les premières données représentatives du canton de Bâle. Elle conclut que les efforts de prévention spécifiques devraient se concentrer sur les personnes à risque, soit les jeunes, les étrangers, les personnes seules et celles au chômage. »

Les chercheurs ont identifié deux groupes d'âge particulièrement touchés par les tentatives de suicide: les 30 à 34 ans suivis par les 20 à 24 ans pour les hommes ;  les 20 à 24 ans puis les 25 à 29 ans pour les femmes.

L’étude bâloise pointe aussi une autre tranche d’âge à risque : les personnes âgées, en particulier les hommes âgés de 85 à 89 et les femmes âgées de 60 à 64 ans.

«Nous sommes tellement concentrés sur la prévention du suicide chez les jeunes que nous oublions que le taux de suicide chez les personnes âgées monte en flèche. C'est un énorme problème. La détection précoce de la dépression et des tendances suicidaires chez les personnes âgées est nécessaire, tout autant que pour les jeunes», souligne Barbara Weil, de l’organisation de prévention du suicide Ipsilon.

Mais le groupe à risque le plus élevé comprend ceux qui ont déjà tenté de se suicider, plus de la moitié d'entre eux faisant des tentatives répétées, selon Anita Riecher-Rössler.

«Comme le montre notre étude, 98% des patients avaient au départ un diagnostic psychiatrique. Toutes ces personnes ont besoin d’un suivi très intensif, non seulement pour prévenir une nouvelle tentative de suicide, mais aussi pour traiter le trouble psychiatrique», relève la psychiatre.

Un programme national?

Pour la sociologue Vladeta Ajdacic-Gross , les gens en Suisse en sont encore à apprendre à demander de l'aide. «Il y a eu des progrès significatifs en matière de stigmatisation. Mais une personne sur deux ne demande pas d'aide en cas de dépression.»

Vladeta Ajdacic-Gross estime que le taux de suicide pourrait encore diminuer avec un programme national de prévention. Une action actuellement aux mains des 26 cantons et des organisations caritatives.

«Cela ne fait pas de sens d'avoir des programmes nationaux de prévention des accidents de la route et ne pas avoir un programme correspondant concernant le suicide», souligne la sociologue.
Clare O'Dea, swissinfo.ch
(Traduction de l'anglais: Frédéric Burnand)

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