mardi 16 juillet 2013

ROYAUME UNI : Les suicides dans l’armée britannique

Plus de suicides que de morts en Afghanistan dans l’armée britannique
En 2012, 50 soldats et vétérans britanniques se sont donné la mort, d’après la BBC, alors que 44 soldats sont décédés en Afghanistan.

La question de l’accompagnement des militaires victimes de syndromes post-traumatiques est de nouveau posée.

Plus de suicides que de morts au combat : en révélant, dimanche 14 juillet, le résultat d’une enquête menée sur le sujet, la BBC veut alerter sur la détresse des soldats revenus du front hantés par des images de morts. Le média britannique a donc décidé de comptabiliser précisément le nombre de suicides parmi les soldats en opération et parmi les vétérans. 
En 2012, ils ont compté 21 suicides de soldats en opération et 29 de vétérans. Dans le même temps, 44 soldats britanniques sont morts en Afghanistan, le principal théâtre d’opération pour cette armée.
Le ministère de la Défense britannique ne reconnaît pas les cinquante suicides enregistrés par la BBC, puisque le suicide n’a pour l’instant été admis comme la cause du décès de sept soldats seulement. Une enquête est encore en cours pour les quatorze autres. 
Quant aux vétérans, l’armée britannique ne comptabilise pas le nombre de ceux qui se donnent la mort, contrairement aux États-Unis. La BBC a donc contacté tous les coroners (officiers de police judiciaire) du pays pour leur demander les noms des soldats et des vétérans qui se sont tués l’an dernier.

Querelle de chiffres

Le ministère s’est défendu en affirmant que les suicides sont extrêmement rares dans l’armée britannique et même moins nombreux que dans la population générale. Selon l’Organisation mondiale de la santé, le taux de suicide au Royaume-Uni est de 6,9 pour 100 000. Si le ministère se fonde sur ses propres chiffres (7 suicides avérés) et prend en compte l’effectif total de son armée, soit 205 330 soldats, et 181 000 réservistes, il n’a pas tort.
Ramené aux 134 780 soldats qui sont passés par l’Afghanistan, le chiffre reste toutefois important et pose la question de l’accompagnement des soldats après leur passage sur le terrain. Les familles interrogées par la BBC mettent notamment en cause le suivi des soldats. « Les soldats atteints de stress post-traumatique sont exactement comme les autres. Ils sont des victimes de la guerre et doivent être traités comme telles », accuse notamment auprès de la BBC Deana Collins, la mère d’un soldat qui s’est tué alors qu’il avait été jugé rétabli par l’armée, après dix mois de soins. Le militaire de 29 ans, touché deux fois par balle, avait vu mourir un de ses amis dans une explosion et souffrait de syndromes post-traumatiques.

Un camp de décompression chypriote

Un porte-parole du ministère de la Défense a assuré que la santé mentale des soldats et des anciens militaires était « une priorité pour le gouvernement », soulignant qu’une enveloppe de 7,4 millions de livres (8,5 millions d’euros) était destinée à fournir un « large soutien psychiatrique à tous ceux qui en ont besoin ».
Pour aider les soldats à se réadapter, le Royaume-Uni a par ailleurs ouvert un camp de décompression à Chypre, comme les États-Unis et la France. Dans le camp français, les soldats disposent de trois jours pour revenir à la vie civile, au cours desquels ils se reposent, participent à des groupes de parole et peuvent consulter des psychologues. 
Les derniers combattants français sont rentrés d’Afghanistan début juillet, tandis que plus de 9 000 Britanniques sont toujours sur place aux côtés des Américains. Près de 4 000 soldats britanniques doivent quitter le pays avant la fin 2013.
Simon Leplâtre

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