lundi 8 juillet 2013

Congrès Français de Psychiatrie nice 27-30 nov 2013

5 eme Congrès Français de Psychiatrie 27-30 nov 2013 Nice

Programme info site du congrès http://www.congresfrancaispsychiatrie.org
avec au programme entre autre
> Le suicide 100 ans après Émile Durkheim
Philippe COURTET-Montpellier
 
>Risque suicidaire chez le sujet âgé et modalités de prise en charge
Pierre VANDEL- Besançon
 
> Déterminants neurologiques précoces des suicides à l’adolescence
Boris CYRULNIK - La Seyne-sur-Mer
 
> Auto-mutilations et tentatives de suicide chez l’adolescent Borderline
Véronique DELVENNE - Bruxelles
 
 
> Les facteurs associés à la variation de la mortalité par suicide en France
Moussa LAANANI - Le Kremlin-Bicêtre
 
 
Retrouvez également une communication du congrès 2012

De Kant au SMS, comment traiter les suicidaires ?

http://www.congresfrancaispsychiatrie.org/congres-paris-2012/de-kant-au-sms-comment-traiter-les-suicidaires/

Typologie

Michel Walter dévoile les différentes typologies qui sous-tendent les questions philosophiques posées par le  suicide. Les philosophes stoïciens compréhensifs envisagent le suicide comme une « sortie raisonnable » liée à l’autonomie ; les pudiques à l’instar de Platon, considèrent que l’homme n’a pas le droit au suicide à moins d’être condamné, atteint d’une maladie incurable ou d’un sort misérable ; les réprobateurs tels qu’Aristote s’en réfèrent aux fondements théologiques, à saint Thomas d’Aquin et à saint Augustin et son « Tu ne tueras pas » pour affirmer que le suicide est contraire à la loi naturelle,  ce que Kant formalise par sa « loi morale » selon laquelle l’homme n’a pas le droit de disposer de sa propre vie. Kierkegaard adopte une position différente, il fait l’éloge de l’inquiétude provoquée par l’expérience existentielle liée à la liberté de l’homme, au fait que personne ne peut choisir pour lui.
 

Épistémologie

Le suicide se prête à différentes lectures épistémologiques. S’il était précédemment considéré comme une « faute contre dieu et la société »  le plaçant dans le champ de la criminologie, le modèle médico-psychiatrique actuel l’inscrit dans une doctrine de victimologie. Un prisme neurobiologique permet de penser le suicide selon un modèle d’impulsivité et d’anomalie orbito-frontale, tandis qu’une lecture psychologique s’attache à la fonction du geste suicidaire et à son modèle sous jacent d’intentionnalité suicidaire. Selon une approche psychanalytique, il peut être considéré comme l’expression d’une pulsion de mort ou de l’idée que « c’est l’autre en soi que l’on tue ». Enfin, une perspective sociologique permet d’appréhender le suicide comme provenant du manque de régulation de la société sur l'individu, selon un modèle anomique.
 

Prévention

Théories, modèles, philosophie, épistémologie peuvent certes permettre d’affiner notre conception du suicide, mais concrètement, comment pouvons-nous aider une personne suicidaire ? Grâce à une éthique de l’inquiétude, à un soucis de l’autre, à une sollicitude prévenante accompagnante. Il s’agit d’adopter une posture relationnelle qui consiste à « aller au devant » de la demande aux trois niveaux de prévention primaire, secondaire et tertiaire.
Au niveau primaire, une étude menée en Vénétie entre 88 et 91 a montré l’inefficacité d’un système de « télé-help », offrant la possibilité aux patients d’envoyer un message d’alarme à un central téléphonique, pour diminuer le taux de suicide. Cependant, en complétant ce dispositif par un deuxième volet de « télé-check » : deux appels par semaine par un écoutant, le taux de suicide a pu être divisé par sept.
Moins de 10% des patients rapportent spontanément leurs intentions suicidaires. En prévention secondaire, « aller au devant » se traduit donc par une recherche active des idées de suicide en posant la question qui amène un soulagement.
Enfin, le niveau tertiaire s’organise par un système de veille (appels téléphoniques, mails, cartes, sms) dont l’objet est de maintenir un lien personnalisé précoce après les soins immédiats. Il s’agit d’adopter une attitude de sollicitude prévenante devançante, d’aider le suicidant à faire avec son fardeau, de lui témoigner de son soucis sans prendre sa place, sans envahir son existence. La prévention du suicide ne doit pas être uniquement préventive mais prévenante.
 
« On s’appelle, on reste en contact… »
Après une tentative de suicide, des interventions cognitives et comportementales et psychodynamiques ont pu montrer leur efficacité pour diminuer le taux de récidives, elles sont cependant couteuses et peu généralisables. Quant à la « crisis card » distribuée aux patients afin qu’ils puissent contacter un centre en cas de crise, elles ne semblent efficaces que les six premiers mois et uniquement pour les primo suicidants.
Des programmes de « re-contact » ont  pour objectif de maintenir un lien (par des appels ou l’envoi de cartes, de mails, de sms) avec des personnes qui viennent de faire une tentative de suicide. La démarche de « re-contact » est alors initiée par le soignant au cours de contacts protocolarisés, systématiques, facilement généralisables et peu couteux. Ces dispositifs sont-ils efficaces pour diminuer le nombre de récidives ? Selon Catherine Pichené, il n’y a que très peu d’essais contrôlés randomisés (sept) qui tentent de répondre à cette question. Leurs méthodologies et leurs résultats sont hétérogènes.
Motto est le pionnier de ces programmes de « connectiveness ». Il propose de contacter les suicidants par des lettres chaleureuses et personnalisées grâce à des détails du dernier entretien ou des éléments de leur dossier afin qu’ils aient le sentiment que quelqu’un est disponible pour eux et se préoccupe d’eux. Au total, Motto leur envoie à chacun 24 lettres pendant cinq ans (tous les mois, deux mois, trois mois…). Deux ans plus tard, le nombre de récidives diminue de moitié pour ces patients par rapport au groupe contrôle mais 15 ans plus tard, le nombre de tentatives de suicide est identique pour tous. Nous pouvons donc nous demander : « et s’il avait continué de leur envoyer des cartes postales… ». Selon une étude de Carter, ces programmes de « re-contact » par cartes postales ont un effet ciblé pour les femmes ayant des antécédents de comportements suicidaires.
 
Lors d’une étude randomisée, Vaiva (2006) appelle les patients soit un mois soit trois mois après leur tentative de suicide. Il constate que 12 % des patients récidivent lorsqu’ils ont été appelés dès le premier mois tandis que 21,6% récidivent lorsqu’ils ont été contactés trois mois plus tard, ce qui souligne l’importance d’une démarche de « re-contact » précoce. Un an après cette étude, les participants ont été appelés afin d’évaluer leur vécu de ces appels téléphoniques : 80 % les ont considérés bénéfiques, 40% ont estimé que ces appels avaient influencé leur vie et 30% qu’ils avaient permis d’éviter un nouveau passage à l’acte. Les patients disent à quel point ils ont été touchés par ces appels, y compris ceux refusant tous les soins proposés.
 
Ces programmes de « re-contact »  sont susceptibles d’avoir des effets préventifs mais une méta-analyse semble impossible au vu de la disparité de leurs méthodologies. Les contacts varient en terme de précocité (de 1 à 4 mois), de nombre (de 1 à 24), de durée du suivi longitudinal (de 1 à 5 ans), de modalité (lettre, appel, sms, mail) et de niveau de personnalisation, ce qui ne permet donc pas d’identifier quels sont les facteurs efficients.
 
L’étude Algos menée par Guillaume Vaiva dans le nord pas de calais dans le cadre d’un PHRC  visait ainsi à définir un algorithme de « re-contacts ». Un psychologue basé au centre d’investigation clinique (CIC) de Lille initiait un premier contact téléphonique. La teneur de cet appel définissait alors le choix de l’algorithme suivant : soit l’envoi de cartes postales, soit en cas de crise l’organisation d’une consultation aux urgences au nom du service, soit l’envoi d’une lettre au médecin traitant si le patient restait injoignable. Le résultats indiquent qu’il faut « faire confiance au système de santé » et ne pas rappeler trop tôt les patients après leur sortie des premiers soins. Ce programme permet de diminuer le nombre de récidives, mais également de développer une culture commune et de mutualiser les compétences des services hospitaliers de psychiatrie, des urgences et des médecins généralistes.
 
Margot Morgiève

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